Isa Melsheimer. Compost / Focus oeuvres

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Isa Melsheimer, Metamorphosis (Jacques Couëlle) II, 2021, Aide à la production Mamac, Courtesy Esther Schipper, Berlin, Galerie Jocelyn Wolff, Paris et l'artiste

Isa Melsheimer, Nr 390, 2015 et Nr. 331, 2013, Courtesy Galerie Jocelyn Wolff, Paris, Photo Jean-Christophe Lett

La « renaturalisation » des villes par l’apparition d’animaux sauvages arpentant paisiblement rues et avenues des métropoles internationales fait partie des images marquantes du premier confinement au printemps 2020. Depuis des années Isa Melsheimer introduit dans ses gouaches et broderies ce surgissement du monde animal dans l’univers des cités.
Ici, après en avoir été chassé par l’urbanisation, le renard réinvestit les rues des villes.
Dans cette gouache, Isa Melsheimer représente le renard au milieu d’une architecture, le bâtiment est brut sans ajouts architecturaux et aucun paysage ne figure au second plan.
La confrontation de ces images de modernité, de ces citadelles de béton, vides de toute présence humaine, évoque un monde « post-humain ». Férue de science-fiction, l’artiste suggère dans ces multiples scénettes à la fois la disparation d’un monde et sa reconquête par les autres formes du vivant : végétaux, animaux, etc.

Isa Melsheimer, Battle Lines 1, 2010, Courtesy Galerie Jocelyn Wolff, Photo Jean-Christophe Lett

L’œuvre présentée est une variation sur tissu d’une fresque réalisée par Le Corbusier à la villa E-1027, à Roquebrune-Cap-Martin.
Véritable icône de l’architecture moderne, la villa E-1027, fut la première création architecturale d’Eileen Gray. Elle a valeur de manifeste, tant pour l’architecture elle-même que pour le mobilier dessiné en collaboration avec Jean Badovici. Le Corbusier y a entrepris, plusieurs années après le départ d’Eileen Gray en 1932, la réalisation de sept peintures murales. Selon les biographes, en les découvrant des années plus tard dans un magazine, Eileen Gray considéra ce geste comme un acte de vandalisme. L’histoire raconte qu’une relation complexe, nourrie de jalousie et d’admiration s’était instaurée entre les deux architectes, et qu’en amoureux éconduit, Le Corbusier aurait déclaré avoir : « une furieuse envie de salir des murs». Isa Melsheimer y voit un acte vengeur du Corbusier. Par le recours à la broderie et au jeu de textile, l’artiste redonne fluidité, lenteur et nomadisme au geste décrit comme impulsif par son auteur.

Isa Melsheimer, Metamorphosis (Pierre-Louis Faloci, Maison Rouge), 2021, Collection de l’artiste, Aide à la production, Mamac, Courtesy Esther Schipper, Berlin, Galerie Jocelyn Wolff, Paris et l’artiste, Photo Jean-Christophe Lett

Dans les céramiques Isa Melsheimer explore la relation humaine avec la nature à travers l’étude de la forme architecturale croisée à la matière vivante.
Lors de son séjour à Nice en 2021, Isa Melsheimer s’est imprégnée des architectures emblématiques de la région. La céramique présentée ici reprend le jeu d’imbrication des volumes de la Maison Rouge, réalisée par l’architecte niçois Pierre Louis Faloci à Villefranche-sur-Mer en 1975. Construite sur un grand terrain boisé de pins parasols, la maison reste cachée par un couvert végétal abondant et surplombe une falaise abrupte orientée vers la mer.
La céramique d’Isa Melsheimer représente la Maison Rouge qui semble ici envahie par des larves, l’artiste fait allusion aux charançons rouges, insectes nuisibles infestant les palmiers.
Certaines céramiques hybrident les formes architecturales audacieuses inventées il y a quelques décennies et des formes plus organiques évoquant le cocon et donc la métamorphose. Cette mue commune de l’architecture et de l’insecte évoque une transformation d’un passé idéalisé vers un paysage à venir, non encore éclos.

Isa Melsheimer, Wardian Case (Fogo Island), 2018, Collection de l’artiste, Photo Jean-Christophe Lett

La Wardian case (caisse de Ward) est l’ancêtre des terrarium modernes et des aquariums en verre. Cette serre portable était destinée au transport sur longue distance des espèces végétales et fut inventée par le docteur Nathaniel Bagshaw Ward (1791–1868), à Londres. Les naturalistes du XIXème siècle utiliseront ces caisses vitrées pour rapporter des plantes exotiques à destination des jardins botaniques, les jeunes pousses récoltées pouvaient être placées sur le pont des navires afin de bénéficier de la lumière du jour et d’une humidité constante (assurée par l’étanchéité de la caisse).
Ces écosystèmes portables sont recréés par l’artiste, mettant en évidence la tension entre la vitalité du végétal et sa négociation permanente avec les contraintes posées par l’intervention humaine. Ils sont également autant de cosmos miniatures. Cette œuvre a été réalisée avec des graines qu’elle a récoltées sur l’île de Fogo (Canada) où elle fut en résidence durant trois mois en 2017.

Isa Melsheimer, Larvae II, 2021, Aide à la production, Mamac, Courtesy Esther Schipper, Berlin, Galerie Jocelyn Wolff, Paris et l’artiste, Photo Jean-Christophe Lett

Cette œuvre fait partie d’une série de céramiques émaillées évoquant des larves de charançons rouges, insectes vivants en colonie à l’intérieur des palmiers qui en détruisent les tissus pour se nourrir. D’abord présent en Asie, il atteint le Moyen-Orient et le bassin méditerranéen au milieu des années 1980 où il se propage rapidement, transformant les paysages du littoral, scandés de troncs orphelins de leurs palmes. Implanté sur la Côte d’Azur au cours du 19ème siècle, le palmier, de plante exotique est désormais devenu symbole de ce territoire avec quelque 50 000 palmiers recensés dans les Alpes-Maritimes.
La prolifération et voracité de ces insectes représente une menace et la possible métamorphose du paysage et donc d’une certaine identité de la côte dans l’imaginaire collectif.
Contre la solution des biocides, depuis 2018 la Ville de Nice a fait le choix d’utiliser un traitement biologique à base de champignon pour lutter contre cette invasion, tandis que des villes aux Etats-Unis envisagent aujourd’hui de replanter des arbres endémiques, ramenant un paysage naturel en lieu et place d’une identité fabriquée.

L’exposition