Œuvres in situ

Tania Mouraud

Œuvre monumentale et graphique réalisée spécialement pour le MAMAC, en dialogue avec l’architecture et le contexte de la Ville de Nice, cette peinture murale de trente-trois mètres de long accueille le visiteur et l’accompagne à l’issue de sa visite en épousant l’architecture de l’entrée.
La phrase inscrite par l’artiste dans sa peinture murale est tirée du célèbre opéra Tosca de Giacomo Puccini créé en 1900 à Rome.
Incarné, notamment, par Pavarotti – Tosca est l’un des opéras les plus connus. Au cours du 3ème acte, le personnage principal, Mario Cavaradossi, en attente de son imminente exécution, se remémore les moments heureux de sa vie et sa bien-aimée. Chant d’amour et de désespoir, exprimant sans détour les tréfonds de l’âme humaine, cet air célèbre la beauté et la vulnérabilité de l’existence.
Au caractère passionné du chant répond la puissance du texte qui s’étale presque secrètement sur le mur, masquant un temps le drame des mots derrière le plaisir du regard. Le message se dévoile progressivement au lecteur patient, redonnant intimité et pudeur à ce déferlement de sentiments.
Le drame silencieux, à la fois personnel et universel, s’offre comme un Memento aux événements terribles qui ont touché Nice en juillet 2016. L’artiste évoque à propos de cette pièce : « J’aime l’idée du texte qui s’enfonce dans l’architecture, la terre, la mer pour y rejoindre les forces telluriques. Je l’ai choisi en fonction du lieu, je veux dire Nice, des évènements et de la proximité de nos émotions qui sont quelquefois si désespérées et que nous n’osons dire, partager. Le désespoir de l’individu est à l’image de la violence de la société. L’art devenant pour moi le lieu où l’on peut dévoiler l’intériorité de l’être, briser la façade, se mettre à nu, crier son désir de vivre, d’être heureux et la confrontation à l’impossible rêve ».

Tania Mouraud, MELANCHOLIA_P_T1, 2016, Peinture murale, acrylique sur mur, 430 x 3365 cm
Production MAMAC, Nice, Photo : Philippe Viglietti, © Adagp, Paris, 2020

David Tremlett

David Tremlett, figure majeure du Land Art a été invité en 2005 à investir l’un des lieux emblématique du musée : l’escalier elliptique dessiné par Jean-Michel Wilmotte, donnant accès aux terrasses du musée.

Le choix du lieu a été voulu par David Tremlett, bien conscient de la complexité architectonique du site liée à la planéité du modèle incompatible avec les effets optiques de l’hélicoïdale de l’escalier ainsi que le triple point de vue engendré par la volée.

Le dessous de la volée : une double circulation de verts séparée de brun mais réunie par l’ellipse et le bandeau. Alternance de formes circulaires et rectilignes correspondant aux alternances colorées (noire, blanche et grise). Rythmique binaire des formes et ternaire des couleurs.

Harmonie chromatique apollinienne attestée par la lumière douce émanant des passerelles. Les limons: forme dynamisante de l’hélicoïdale accentuée par l’orangé patiné et la rythmique du bandeau marron. Les retours de murs : retours latéraux rectilignes gris et rouge qui font écho au mur curviligne offrant la même rétribution mais dans un contraste plus fort : un bleu céleste à peine « impressionné » cohabitant avec un pigment rouge d’Inde intense à la densité génoise.

David Tremlett, Drawing for S., 2005, Peinture murale, pastel, pigments purs, mine de plomb, Achat avec l’aide du FRAM en 2005, © David Tremlett

Yves Klein

Yves Klein réalise sa première Peinture de feu en 1957 dans le jardin de la galerie Colette Allendy à Paris le soir du vernissage de l’exposition « Propositions monochromes ». L’artiste allume seize feux de Bengale fixés sur un monochrome bleu. Il poursuit son exploration du feu comme élément plastique quelques années plus tard lors d’une exposition au Musée de Krefeld.

En 1961, Klein dispose une structure de cinquante doubles becs Bunsen à basse combustion et une fontaine de feu. Dans la nuit du 26 février, date de clôture de l’exposition, l’artiste enregistre sur papier les traces des brûleurs et de la flamme de la fontaine.

Sur un projet mis au point en collaboration avec la succession Yves Klein, une édition du Mur de Feu en deux éléments de métal et dix rangées de becs Bunsen fonctionnant au gaz de ville, a été installée sur la terrasse sud du MAMAC en 1990. C’est le seul exemple au monde d’une reproduction de cette œuvre.

Mur de feu, 1961-1990 : Grille métallique composée de 2 panneaux et 300 becs Bunsen
Yves Klein, Mur de Feu, Grille métallique composée de 2 panneaux et 300 becs Bunsen, Edition de 1990, Œuvre restaurée en 2019 avec l’aide de Gaz de France
Achat à Rotraut Moquay Klein et Daniel Moquay en 1989, Collection Mamac, Nice, © Succession Yves Klein c/o Adagp, Paris, 2020

Les façades

Entre 2002 et 2005 ont été inauguré une série de geste d’artistes de Sol LeWitt, Claude Viallat, Arman et Alain Jacquet sur les façades intérieures (côté parvis). En 2011 Eric Michel a conçu une proposition-hommage à Yves Klein sur une des façades extérieures (côté rue).

Claude Viallat, Répétition, 2002

Claude Viallat, Répétition, 2002, Triptyque réalisé pour une des façades du MAMAC, Peinture sur bâche, Achat à l’artiste en 2002 avec l’aide du FRAM,
Photo Muriel Anssens/Ville de Nice © Adagp, Paris, 2020

Claude Viallat s’installe à Nice de 1964 à 1967 où il enseigne à l’école nationale des arts décoratifs En 1966, il renonce au tableau de chevalet comme au pinceau et invente une forme qui habite dans une trame régulière toutes ses peintures. Il applique son empreinte au pochoir, de manière répétitive, à l’aide d’une plaque de mousse de polyuréthane plongée dans la peinture et appliquée directement sur la toile non apprêtée.

En 1969, Claude Viallat rejoint le groupe Supports/Surfaces. Les artistes de ce mouvement partagent une interrogation sur les constituants matériels de la peinture (toile, châssis, pigment) dont ils proposent des déconstructions analytiques aboutissant à des systèmes de production picturaux par marquage, empreinte, trempage… Le geste pictural déborde largement le contexte traditionnel du tableau pour investir aussi des situations spatiales complexes et des matériaux quelquefois insolites.

Au début des années 80, l’emploi de bâches militaires lui permet de réaliser des oeuvres monumentales et de prendre en compte l’architecture et l’espace (Capc Bordeaux, Centre Pompidou à Paris, Biennale de Venise, Quick à Nîmes, Plafond du Conservatoire de musique d’Annecy, Bibliothèque Nationale de France à Paris, Abattoirs à Toulouse…).

Répétition est constituée de trois bâches peintes correspondant aux trois étages du musée.

Sol LeWITT, Wall drawing#1004 Arcs, 2002

Sol LeWitt, Wall drawing#1004 Arcs,2002, Peinture,1500 x 800 cm, Donation de la Fondation d’Entreprise Provence-Côte d’Azur en 2002,
Photo Muriel Anssens/Ville de Nice, © Adagp, Paris, 2020

Sol LeWitt est né en 1928 à Hartford aux Etats-Unis.

Il devient rapidement l’un des acteurs essentiels du minimalisme américain et développe un travail destiné à l’espace urbain pour être perçu par un très large public.

A partir de 1968, il entreprend la série des Wall Drawings, des dessins à même le mur, conçus pour un site spécifique. Depuis 1978, ses dessins sont monumentaux et simplifiés, il ose les couleurs et devient plus lyrique, mais conserve les mêmes bases formelles, les mêmes structures primaires.

Dessiné dans son atelier aux Etats-Unis, le prototype de l’œuvre Wall drawing #1004 Arcs, 2002 a été réalisé sur la façade par ses assistants, missionnés pour accomplir point par point le projet contrôlé à distance par l’artiste.

Arman, Camin dei Inglese, 2004

Arman, Camin dei Inglese, 2004, Oeuvre en 3 dimensions, Accumulation Chaises bleues
Don de l’artiste en 2004, Photo François Fernandez, © Adagp, Paris, 2020

Camin dei Inglese est une installation composée de plusieurs centaines de chaises bleues de la Promenade des Anglais. Arman revient ici à une logique récurrente dans son œuvre : l’accumulation d’objets, l’objet identitaire dans un aspect sériel, et la mémoire d’un geste d’artiste de renommée internationale, l’exposition du « Plein » en 1960 à la Galerie Iris Clert à Paris. L’exposition consistait à remplir la galerie de déchets, acte subversif d’appropriation du lieu et de dénonciation du système artistique marchand. Deux années plus tôt, Yves Klein avait fait acte de purification avec l’exposition « Le Vide ».

Camin dei Inglese obéit au principe des « Accumulations » d’objets du même type initiées par l’artiste dès la fin des années 1950, en réaction contre la consommation de masse.

Dans cette œuvre, les objets choisis ne sont pas anodins et participent de l’identité niçoise. Ce sont les chaises bleues de la Promenade des Anglais, si souvent prises comme emblème de la Baie des Anges et de la qualité de vie de la cité. L’inauguration de l’installation eut lieu en même temps que l’ouverture de l’exposition  « Intramuros » le 25 juin 2004.

Alain Jacquet, Détail du déjeuner sur l’herbe (Façade du MAMAC), 2005

Alain Jacquet, Détail du déjeuner sur l’herbe (Façade du MAMAC), 2005,
Don de l’artiste en 2005, Photo Muriel Anssens/Ville de Nice, © Adagp, Paris, 2020

Cette œuvre murale est un agrandissement d’un détail d’une œuvre de l’artiste de la collection du MAMAC : Le Déjeuner sur l’herbe, 1964.

Dans cette transposition moderne du tableau de Manet, Alain Jacquet met en scène au premier plan : la galeriste Janine de Goldschmidt, à ses côtés l’artiste Mario Schifano et le critique d’art fédérateur du mouvement des Nouveau Réalistes : Pierre Restany. Ce dernier invite d’un geste de la main droite à la consommation d’un pique nique; le paquet de pain industriel Jacquet rappelle dans un jeu d’analogie le nom de l’artiste, le tout est répandu sur une serviette bleue IKB en écho à Yves Klein.

Œuvre charnière : elle est tout à la fois le point d’aboutissement de ce qui a précédé et une césure majeure dans le parcours de l’artiste (par les mutations techniques introduites, par l’apparition de nouveaux effets de déstabilisation de la perception).

Il s’agit de sa première œuvre Mec’Art (Mechanical Art), terme inventé par Pierre Restany pour désigner un art réalisé mécaniquement, sans intervention manuelle.

L’implication d’Alain Jacquet dans le Mec’ Art et les moyens techniques dont il dispose lui offrent des possibilités quasi-infinies. L’agrandissement de trames en points, étoiles, lignes, structure ou déstructure l’image. Nous n’en sommes alors, en France, en 1964, qu’aux tout débuts de l’extension des techniques de l’impression sérigraphique.

Cette méthode employée n’est pas sans rappeler une technique par ailleurs utilisée aux Etats-Unis par les artistes du Pop Art tels Lichtenstein ou Andy Warhol. Dans cette réalisation, d’une hauteur de 14,40 mètres, la trame bleue, rouge et jaune se dilate et multiplie par quinze le point du tableau original, amenant la proposition à la limite de l’abstraction.

Eric Michel, Fluo Blue, 2011

Eric Michel, Fluo Blue, 2011, Monochrome de lumière in situ, Tubes fluorescents,
Don de l’artiste en 2012, Photo Muriel Anssens/Ville de Nice, © Adagp, Paris, 2020

Le travail d’Eric Michel s’appréhende par couches successives de sensations. Car, si l’art conceptuel traverse son œuvre, celle-ci reste intimement liée au domaine du ressenti. Sa quête de l’immatériel n’est pas une pure abstraction. Chaque installation est un moyen d’en faire l’expérience. L’artiste interroge nos rapports au réel, jouant sur la frontière du matériel et de l’immatériel, tel un intermédiaire, un « passeur », selon ses mots. Mais Eric Michel a bien conscience de l’inaccessibilité du but qu’il s’est fixé. Seul compte pour lui l’exploration. Le cheminement prévaut sur la finalité. A la différence du charismatique Yves Klein qui nous offrait les « cendres de son art », Eric Michel est bien décidé à nous faire partager ses expériences physiques et spirituelles. Avec son Fluo Blue, invisible le jour, il nimbe la nuit le MAMAC d’un halo bleu presque irréel, composant un vibrant hommage à Yves Klein.

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