Floriane Spinetta
25 janvier-30 mars 2014


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Fuori Salone, 2010-2013
Tirage lambda encadré, 40 x 50 cm - © Floriane Spinetta

vitrines du musée d'art contemporain - Vernissage le 24 janvier 2014 à 19h

Les vitrines ont toujours exercé sur moi un pouvoir de fascination. D'abord parce qu'elles sont des écrans, des espaces clos, mais surtout des décors et donc des projections d'imaginaires. Elles sont en tout point le reflet de ma pratique de la photographie. Comment, par un espace défini, cadré, peut-on, à partir d'éléments réels, inventer une atmosphère subjective, propice à enchanter le regard de chacun ?

Alors pour répondre à ce projet d'exposition, je me suis posé avant tout des questions sur cet élément. Quels sont les types de vitrines que j'ai l'habitude d'observer, qu'est-ce qui me fascine le plus? Qu'elles soient vides ou en cours d'aménagement ? Cela me renvoie à l'aspect pratique : comment puis-je à mon tour, agencer dans un ensemble cohérent et restreint, les résultats de deux pratiques que je mène conjointement, la photographie et la sculpture, qui malgré leur processus identique, sont plastiquement très différentes ?

Deux directions s'offrent à moi : d'une part, de manière assez conventionnelle, je cherche à créer un environnement scénographié, où divers projets se côtoient et s'unissent dans une nouvelle atmosphère, mais qui garde la valeur d'étrangeté de chacun des éléments. De l'autre côté, toutes les questions posées par le lieu géographique et l'architecture même de l'espace me portent vers une toute autre démarche, qui devient très vite pour moi une évidence. Un accrochage de photographies uniquement, strictement linéaire, immergé dans une lumière rouge qui rappelle clairement la chambre noire, cette pièce baignée dans la lumière inactinique et dans laquelle l'image photographique se révèle, en gardant toutefois le secret de la réalité des couleurs. Cette atmosphère n'est pas non plus sans rappeler l'image d'un autre genre de vitrines, celles du fameux Red light District d'Amsterdam, espace où les produits de consommation ne sont plus manufacturés mais humains. Le choix des photographies joue sur cette ambivalence. Scènes de la vie quotidienne, prises dans la pure tradition de la photographie documentaire, le plus souvent de manière analogique, elles dévoilent des détails de vies banales, se focalisent sur des éléments ou des architectures souvent laissées pour compte, mais à fort potentiel poétique, où règne toujours un sentiment d'étrangeté, et totalement déshumanisé. Ces scènes pourraient également être le décor des espaces utilisés par ces femmes, qui une fois absentes de leurs vitrines, disparaissent et laissent les regardeurs face à leurs imaginaires exacerbés.

Le musée permet ici d'offrir aux passants une expérience particulière d'une forme d'exposition peu commune, où l'on ne vient plus visiter un espace pour voir des oeuvres, mais où celles-ci s'imposent aux regards quotidiens, plus ou moins attentifs, dans une dynamique de circulation urbaine et avec une distance créée par l'architecture même de l'espace, dans lequel on ne peut pénétrer.