Jérôme Robbe 
Get Rythm

13 février - 5 avril 2009




Table compressée, 2008 - Série Compressions
Acrylique, gel medium, gommettes et plexiglas sur bois 168,5 x 128 cm
courtesy Espace A VENDRE, Nice

vitrine du musée d'art contemporain

Construire / Déconstruire.

Après un long moment d'apprentissage de la peinture, j'ai décidé de casser tout ce que je pensais savoir en déconstruisant mes images pour rebâtir des surfaces, décomposées en aplats distincts.

Cette reconstruction abstraite s'attardait sur le rôle du détail et du plan coloré dans une composition d'unités en tension cherchant à interrompre puis relancer la circulation du regard. J'avais alors en tête aussi bien les Maniéristes italiens que les estampes japonaises. Il s'agit pour moi d'indices des temps d'exécutions confrontés à la notion de peinture comme écran ou table de réception (selon Alberti), permettant au spectateur de se projeter dans cet espace plan. Ceci m'a amené à utiliser des vernis pour dissocier les différentes couches et aplats de peinture, les plaçant en strates d'exécutions parfois inversées, jouant avec le regardeur déstructurant même l'espace par l'image reflétée.

Ces différentes observations, action-réactions de la peinture m'ont porté à prendre davantage de distance en tant qu'exécutant. L'aspect mentalement mécanique de la peinture est soudain devenu physique lorsque j'ai commencé à comprimer la matière sous des plaques de plexiglas. La peinture montre ici sa nature intrinsèque par un geste unique et figé sur un fond composé. Elle vient ici combler un manque.
La peinture se révèle pour elle-même, il n'y a que cela à voir. Dès lors je me suis trouvé simultanément « faiseur » et « regardeur », l'acte irrémédiable d'enfermer le tableau (sous le caisson de plexiglas) ne permettant pas de maîtriser ou de choisir le mouvement de la matière, ni de revenir en arrière. L'acte fige et distancie aussi bien l'œuvre que l'exécutant.

Voir plus loin.

Ces précédentes observations m'ont amené à pousser plus loin le rapport au regardeur, que voit-il face à la peinture. Est-il hors ou dans celle-ci, la regarde-t-il se faire ? A ces questions j'en ajoutais une autre constatant que mes surfaces brillantes faisant miroir donnaient au spectateur l'occasion de se recoiffer !

Je me suis alors demandé comment réinvestir l'espace du tableau avec de l'image signifiante. Le miroir m'offrant la possibilité de faire image par l'interférence de l'espace qui s'y reflète, il me fallait trouver le type d'image pouvant jouer avec sa profondeur ou son mystère. Ayant travaillé pendant quelques temps à partir d'estampes japonaises, qui au Japon ont un statut de peintures autant que de modèles pour le tatouage, j'ai eu l'intuition que ce domaine, celui du tatouage, par essence populaire avec sa dimension symbolique et codée pouvait être assimilée à une imagerie simultanément littérale et secrète. Ces notions sont particulièrement fortes dans les tatouages de criminels russes. Parfois des représentations anodines prennent un sens lourd suivant leur emplacement sur le corps ou à proximité d'un autre tatouage. En utilisant ces images détournées pour la peinture, je voulais en complexifier leur vision soit en les brouillant par des gestes picturaux, en les noyant dans la masse soit en les peignant simplement sur verre ou sur miroir (ouvrant un espace vertigineux, introduisant le regardeur dans la peinture même).

L'idée du tatouage évoque forcément, par ailleurs, la notion de « peau » et d'appartenance culturelle ou sociale. Leur iconographie confrontée à la peinture propose au regardeur de s'affronter à ce qui n'est pas donné comme évidence. Il y a dès lors un rapport pervers opéré par le tableau.
Ce que l'on regarde n'est pas forcément ce que l'on voit, et surtout pas soi !

Jérôme Robbe


Cette exposition est réalisée en partenariat avec la Galerie Espace A VENDRE à Nice.

Galerie Espace A VENDRE
17, rue Smolett 06300 Nice. France
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