Gauthier Leroy
22 décembre 2000 - 25 février 2001

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Vitrine de l'atelier d’art contemporain
Gauthier LEROY,
né en 1967 à Valenciennes (Nord)

Si le principe de l'installation procède de l'idée selon laquelle le spectateur doit habiter l'oeuvre au même titre que le monde, dès lors on comprend mieux le choix artistique retenu par Gautier Leroy pour aborder ici la question de l'influence du lieu sur la création. Ses installations s'articulent autour du thème du voyage et des multiples métaphores que l'univers suscite chez l'artiste. Chaîne d'associations, de réflexions sur ses déplacements et ses rapports étroits à l'espace qui l'environne ; Gauthier Leroy nous convie sur les sentiers qui mènent à ses cellules créatrices : de sa région natale marquée par les paysages voilés des Flandres au séjour méditerranéen baigné d'une lumière irradiante.

Pont jeté entre culture et nature, entre le temps et l'espace ; la production de l'artiste semble se loger dans chacun de ces intervalles comme pour mieux allier l'espèce humaine au milieu qui lui est donné. De cette nécessité à vivre toujours plus vite, l'homme d'aujourd'hui parvient à occulter toute mesure du monde, de distance et de temps jusqu'à son bien être individuel. Aussi l'artiste semble-t-il ici vouloir réconcilier l'homme moderne avec le cadre de sa vie privée, avec les objets qui l'entourent, avec ses outils et plus généralement avec son espace vital. Une volonté fortement affirmée par la pluralité des matériaux utilisés, par cette saveur du geste lent, la combinaison des médiums et les connaissances rassemblées autour de ces derniers ; des aspirations qui orientent le travail vers celui du bricoleur. Ainsi l'artiste procède-t-il à un véritable tour d'horizon du langage plastique ; utilisant tour à tour l'ensemble des supports de communication tant modernes que traditionnels : vidéo, photographie, infographie, collages, matériaux organiques et industriels (caoutchouc, émetteurs sonores) ou encore linguistiques ; des éléments familiers constitutifs de son vocabulaire.

Les travaux de l'artiste sont tous tournés vers une synesthésie des arts qui participe d'un langage universel. Dès lors, les œuvres nous donnent à voir derrière les mots, à écouter par delà les sons et à comprendre au travers le regard de l'artiste l'univers qui nous entoure. En passeur il nous conduit vers l'autre rive, celle où le langage est ineffable où l'impression est reine, saisissant derrière les portes de la perception son monde onirique.

Si la part accordée au support image demeure importante, la place occupée par le support textuel n'en reste pas moins privilégiée. En effet, l'artiste exploite volontiers la dimension linguistique, laquelle ne renvoie pas à une pratique du langage en tant qu'art mais plus en tant que médium. L'emploi des mots est ici prétexte à un traité poético-ludique caractérisé par l'inversion du code de lecture. L'animation des lettres ou encore leur mise en scène. Ces objets-sculptures sont le lieu d'expérience où l'artiste se fait alchimiste de la matière. L'usage d'une structure linguistique sert l'évocation verbale du champ thématique, les mots interviennent comme éléments d'articulation entre les œuvres et s'inscrivent dans un processus d'interrelation qui unissent les parties (objets) à un tout (le thème). Les mots sont ici perçus comme des clefs de lecture pour aider le spectateur à saisir la production dans son ensemble, à porter une réflexion au-delà du micro-environnement qui lui est donné à voir dans l'espace imparti à l'exposition. Le travail effectué sur le langage-texte porte sur le signifiant plus que le signifié et tend " à combler l'écart qui sépare le spectateur de l'oeuvre".

L'art de Gauthier Leroy apparaît tel une science entendue comme le moyen de comprendre le monde dans son harmonie universelle et de restituer l'homme dans son milieu social et naturel. A partir d'écrits scientifiques, l'artiste élabore une définition originale d'un art "historico-poétique" dont les fondements reposent sur l'exploration sémantique du langage, la synergie des supports et la mise en scène d'un espace sensoriel. Aussi cette démarche intellectuelle présente-t-elle certaines allégeances avec la philosophie de Merleau-Ponty sur la phénoménologie de la perception : "Je ne suis pas dans l'espace et dans le temps, je ne suis pas l'espace et le temps, je suis à l'espace et au temps, mon corps s'applique à eux et les embrasse." Telle une fenêtre ouverte sur l'extérieur, les installations nous incitent à accorder une attention toute particulière aux êtres, aux choses, aux décors qui nous entourent ; à observer par delà le miroir de la réalité, la plastique poétique d'un locus amoenus. Laetitia Cartigny

Oeuvres exposées :

Gauthier LEROY
Route Napo, 2000 Poster, lettres en résine, moniteurs à cristaux liquides, leds, vidéos, afficheurs électriques panneau bois, maquette, objets divers, sérigraphie, peinture sur toile, céramique, cire, bouteilles, texte, mandarines.

7 x 2 m

Gauthier LEROY
L'Etna des choses, 1999
Bois, crémaillère en fer, caoutchouc, cire.
200 x 54 x 54 cm

Gauthier LEROY
Muddy Waters, 1999
Photographie couleur sur aluminium.
75x 50 cm

Gauthier LEROY
Sans titre, 1999
Photographie couleur sur aluminium.
75x 50 cm

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