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Caroline Apostolopoulos
Du 15 juin au 16 septembre 2001 |
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« Nous étions immobiles pour des images qui défilaient, nous bougeons le long des images immobiles » Serge Daney. Notre installation est articulée autour de lepace même du lieu, la vitrine. Nous ne désirons pas montrer nos travaux sous leurs formes habituelles ; la spécificité du lieu à lintérieur de linstitution muséale, le rapport avec les vitrines commerciales des galeries marchandes, induit un dispositif de perception digne dêtre pensé. Il nous paraît, en effet, impossible dans ce contexte, de faire léconomie de la notion de publicité, y compris et surtout au sens strict du terme, le devenir public. Nous avons eu envie dévoquer, et dinterroger le désir qui conduit nos pratiques. Quest-ce qui peut sagir lors dune collaboration entre un sculpteur et un photographe ? Quest-ce qui saltère dans le passage du fantasme à la réalisation dune oeuvre ? Des images. Cest lalter-ation des images elle-même qui est mise en abîme ici. Le titre de lexposition « phantasma » signifie en grec et dans plusieurs langues, à la fois le fantôme, le revenant et la vision. Le phantasma, cest somme toute, le spectre ; ni vivant ni mort, le spectre est toujours de lordre du déjà vu et installe un certain régime de croyance face à limage. La fonction du fantasme est la mise en scène du désir, cest un scénario où un objet nest pas représenté comme visé par le sujet, mais une séquence dont le sujet lui-même fait partie et dans laquelle les permutations de rôle et dattribution sont possibles. Le désir étant articulé dans le fantasme, celui-ci est le lieu dopérations défensives, telles que le retournement sur la personne propre, le renversement dans le contraire, la dénégation, ou la projection. Comme expériences de spectralité, nous reprenons la question du « désir de statue » qui hante lhistoire de la représentation. Nous nous sommes saisies plus particulièrement, de la nouvelle de W. Jensen, la « Gradiva » analysée par S. Freud (par ailleurs admirateur fervent de Don Giovanni, et grand collectionneur de statuettes...) : le jeune archéologue Norbert Hanold, en poursuivant un fantôme de pierre, la Gradiva rediviva à la démarche inimitable, fuit les jeunes filles de chair qui leffraient tant et ainsi occulte la vérité de son désir. Trois segments de sens sont mis en place : « La femme aux Statues » et « La Mort de Socrate » sont montés conjointement en numérique et projetés en simultané. « La Femme aux Statues » explore plus particulièrement certains signifiants de la sculpture tels que Frédérique Nalbandian les convoque dans sa pratique, soit la sculpture comme oubli de limage et réactivation dune archéologie du voir. « La Mort de Socrate » est une investigation centrée sur les images photographiques elles-mêmes, conçues ici comme des narrations improbables, des découpes vives de notre espace psychique, un gel qui creuserait la fascination dune ressaisie. En sappropriant le genre millénaire du « Voyage en Orient », nous avons intérrogé les notions dailleurs, de frontière, de hors de. La fascination pour les « déplacements », réels ou imaginaires, nous a fait opter pour le dispositif du diaporama, permettant dosciller entre immobilité et mouvement. Une image fixe de passage dans une durée, cest un mouvement et non pas une animation. Et un mouvement pris dans une durée, cest peut-être déjà du cinéma. Le troisième segment, « La Région PACA » projeté vers les passants et sur le mur extérieur, investit la notion de patrimoine : « regarder, cest garder deux fois » nous dit J. L. Godard. Nous jouons ici de la paroi de verre, saisie comme un écran-miroir traversant, semblable à lécran de notre « caméra psyché projecteur ». Déjà vu et invu, introjection et projection, utopie dun monde sans images et utopie dun monde où nos images nous représenteraient : larrêt sur image nous rappelle quil y a des images au delà desquelles le mouvement ne continue pas. Caroline Apostolopoulos |
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