Dominique Thevenin, Sculptures
01 octobre - 04 décembre 2005

Parvis du musée

DOMINIQUE THEVENIN
Né en 1955 il vit et travaille à Grasse (Alpes-Maritimes).

Six de ses sculptures sont présentées du 1er octobre au 4 décembre 2005, sur l’Esplanade Niki de Saint Phalle et sur l’atrium central du musée.

Les sculptures de Dominique Thévenin nécessitent à l’évidence que le souffle de l’air les anime. Cet élément fondamental de la nature est nécessaire pour que l’œuvre prenne son sens total. C’est logiquement qu’elles trouvent place cet automne sur l’Esplanade Niki de Saint Phalle. Elles répondent au Stabile Mobile 1970 d’Alexander Calder qui depuis l’inauguration du Mamac oscille paisiblement au gré du vent. Contre le pilier sud, le Scarabée Sacré de Dalibor Stosic dresse sa masse de métal rouillée et rivetée en écho aux sculptures mouvantes de Thévenin.

Sur le parvis du musée, dans des cadres de métal posés sur le sol, du bitume coulé supporte trois sculptures : les Trois apodes 2005, colonnes d’inégales longueurs dont les portions de fûts glissent subtilement en un mouvement transversal. Sobres, elles ménagent une perspective sur l’alignement des autres pièces et d’abord, le groupe massif de Trois fûts en biais 2005, boulonnés, râblés, au ras du sol, rouillées tels les vestiges des machines portuaires hors d’usage. Pour un peu on entendrait résonner la voix grave du métal. Ce sont en réalité des vestiges des cuves de chaudronnerie des usines de parfum de Grasse, récupérées dans le vieil atelier occupé par l’artiste. Palplanches 2005, une gerbe de matériaux qu’on dirait bruts, contraste par son jaillissement avec le classicisme des Apodes.

Autour de l’atrium central, plusieurs autres œuvres jalonnent le cheminement de l’artiste sur le parvis du musée, jusqu’à V. à fleur d’eau 2000 repérable à travers les vitres de la coursive nord : dix-huit fûts métalliques portent des troncs de châtaigniers écorcés, grêles et fragiles, mêlant leur blondeur naturelle à la noirceur du métal brut. La ténuité du mouvement sous l’effet du souffle de l’air oblige à s’arrêter pour le percevoir, pour se persuader qu’on n’a pas rêvé. Le temps quantifiable n’a plus de prise. Le temps de la poésie est venu.

Sculpteur du mouvement, Dominique Thévenin crée ses œuvres dans un métal rugueux, brut, fondamental. Les masses cylindriques s’équilibrent en fonction d’un axe mystérieux puis s’animent au moindre souffle d’air, entraînant une déstabilisation visuelle chez le spectateur. On est décontenancé par l’écart existant entre l’aspect massif des blocs de métal ou parfois de ciment et la légèreté avec laquelle ils glissent les uns sur les autres, silencieusement, dans une harmonie feutrée. L’instant est suspendu une fraction de seconde dans l’attente. Les mouvements s’enchaînent avec la douceur huilée et l’aisance des mots d’un poème.
L’œuvre de Dominique Thévenin est une incitation à la méditation.

Tout le travail de l’artiste prend en compte les notions essentielles, parfois impalpables jusqu’à l’immatériel, des énergies confrontées d’éléments naturels et des puissantes masses métalliques façonnées de sa main ou sous son contrôle dans un atelier de métallurgie. Nous avons souhaité mettre son œuvre en relation indirecte certes, mais perceptible, avec la trace sensible laissée par Yves Klein dans l'expression de l'immatériel. Il nous a semblé qu’il y avait là une évidence que la Ville de Nice a concrétisée par l’acquisition de Trois fûts en biais, 2005.