Robinson, ou la force des choses
Daniel Dezeuze - Patrick Saytour - Claude Viallat

28 janvier - 27 mai 2012

1er étage du MAMAC

Saytour

Patrick Saytour, Filets, 2003
Atelier de l’artiste
© Patrick Saytour

Daniel Dezeuze (bio) Patrick Saytour (bio) Claude Viallat (bio) "Pourquoi Robinson ?" Catalogue

Patrick Saytour (Nice, 1935)

Vit et travaille à Aubais
par Bernard Ceysson

Biographie

Né à Nice en 1935, Patrick Saytour a suivi une double formation pendant sa jeunesse : en théâtre et en arts décoratifs et a longtemps oscillé entre peinture et théâtre. Après des études à l’école nationale des arts décoratifs de Nice, il monte à Paris pour rejoindre l’Ecole Camondo. Considéré comme le membre fondateur du groupe Supports/Surfaces aux côtés de Claude Viallat et de Daniel Dezeuze, Patrick Saytour vit aujourd’hui à Aubais dans le Gard. Ses œuvres ont été exposées dans la plupart des lieux d’Europe, d’Amérique et d’Asie dédiés à la présentation de l’art moderne et contemporain et figurent dans la plupart des grandes collections publiques et privées.

Présentation

Au sein du groupe Supports/Surfaces, Patrick Saytour a toujours occupé, délibérément, une position marginale, critique, voire ironique. Son travail peut se définir comme une entreprise de déconstruction de la forme, de la couleur, du format, du cadre de présentation, pour reprendre les termes même de l’une de ses déclarations. Il se livrait alors à une sorte de parodie théâtralisée de l’art, mise en scène dans un vocabulaire pauvre et à l’aide d’une technologie primaire : pliages et dépliages systématiques, brûlages, trempages, solarisations, etc. Les matériaux utilisés étaient et sont toujours choisis parmi les plus vulgaires ou les plus « kitsch » : tissus et fourrures plastiques, synthétiques, que l’on trouve en abondance sur les marchés que fréquentent les travailleurs immigrés.
À la fin des années 70, alors que se manifestait un retour à la figuration portant la peinture à renouer avec les mythes, le drame et la tragédie, il propose des assemblages d’objets de bazar : lampes, drapeaux, photos de pin-up, tapisseries décoratives décorées de caravelles, de biches dans des sous-bois, de princesses, de fantasias arabes, etc.
Plus récemment, cette posture parodique a donné lieu sous des intitulés pompeux, Anniversaires, Célébrations, Chroniques, Commémorations, Couronnements, Javas, Noces, Noubas, Monuments, etc., à des œuvres subtiles, dont le dessein de déconstruction et d’accablement de l’art est joué dans les mises en page, d’une grande beauté formelle, de panoplies de costumes de fêtes pour enfants, de chemisettes en toile grossière, de vêtements de poupées, de bandes de carton, de feutre, de caissettes de bois, de maquettes de théâtre, de gabarits et patrons de vêtements, de cartes géographiques, etc. Viennent ensuite des assemblages d’objets qui mettent en scène, monumentalisés à l’excès, des objets à la fois décoratifs et utilitaires dont une lampe métallique sortie du rêve paroxystique d’un bricoleur mégalomaniaque. Mais comme celles de Claes Oldenburg, ces « sculptures » ne s’en imposent pas moins comme des œuvres raffinées d’où émane une étrange séduction. Nous ressentons la même attirance en face de ces filets montés sur des cerceaux métalliques, où s’accrochent des fruits en plastique, des flotteurs de filets de pêche, des perles, des plumes, un attirail de décor festif dont l’artifice est exalté par une cosmétique du banal, le « pomponnage », plutôt, pour citer précisément Patrick Saytour, de l’œuvre d’art. Un pomponnage jubilatoire, arrangé avec un zèle d’étalagiste.

Daniel Dezeuze (bio) Patrick Saytour (bio) Claude Viallat (bio) "Pourquoi Robinson ?"