Nice to meet you
10 mars - 3 juin 2007

Au-delà des missions dévolues au musée, concernant la gestion et le développement de sa collection permanente, le Mamac déploie un large volet d’expositions temporaires, assumant ainsi la diffusion à Nice d’une programmation contemporaine de niveau international. La mise en œuvre d’un pôle art contemporain à Nice devrait permettre au Mamac d’étendre sa programmation vers les galeries municipales, notamment les galeries des Ponchettes et de la Marine, donnant cohérence et lisibilité à l’ensemble du dispositif.

Rendre compte de la dynamique internationale, c’est en même temps favoriser l’émergence d’une scène artistique locale en offrant une image d’ouverture de Nice à la création contemporaine. L’histoire de la Ville et de sa région montre sa propension à attirer les artistes, notamment les peintres, tout au long du XXème siècle.

La Ville de Nice, à l’initiative de la Direction Centrale des Affaires Culturelles, renforce son soutien à la jeune création en favorisant une programmation d’expositions dans les galeries municipales et notamment les galeries du bord de mer ; dans le même temps, elle met à la disposition d’une trentaine de jeunes artistes, pour trois années renouvelables, des ateliers dans l’espace SPADA, pour y travailler et y créer. Quelques uns de ces artistes bénéficieront d’expositions dans la galerie contemporaine du Mamac, par exemple Grégory Forstner dont nous présenterons les œuvres du 6 avril au 17 juin prochain. C’est une traduction de l’osmose existant entre la programmation du musée et ce regard particulier porté sur la jeune création.

La Villa Arson, qui est liée à la Ville par une convention de partenariat, est le lieu d’articulation d’une école d’art et d’un centre national d’art contemporain. Sur des registres différents et complémentaires, cette structure permet l’éclosion de nouveaux talents en les confrontant à un dispositif pertinent de diffusion de l’art contemporain. Le dialogue entre le Mamac et la Villa Arson s’impose dans une dynamique réciproque.

Au printemps 1994, une première exposition regroupait sous le titre « Nouvelle vague », douze artistes formés à la Villa Arson ou invités dans le cadre de son programme d’expositions. Ce volet avait été préparé en coordination avec Christian Bernard, en charge aujourd’hui du Mamco à Genève.

Nous nous inscrivons dans le prolongement de ce travail en présentant une sélection de 17 artistes issus de la Villa Arson au début des années 1990. Cette exposition a été élaborée en étroite collaboration avec Alain Derey, Directeur général et avec Jean-Marc Réol, Directeur pédagogique, qui en assume avec moi le commissariat. Une troisième séquence verra le jour dans quelques années, témoignant de la vitalité de ce vivier et pérennisant un peu plus le dialogue fertile entre les deux institutions.

Gilbert Perlein
Directeur du Mamac

 

NICE TO MEET YOU AGAIN

En règle générale les expositions de groupe sont élaborées sur la base d'un thème qui constitue leur principe générique.[…] Le titre de l'exposition « Nice to meet you » […] renvoie au “meeting” à Nice de dix-sept artistes qui sont les auteurs des œuvres visibles au Musée d'Art moderne et d'Art contemporain au printemps 2007. La banalité de la formule anglaise “Nice to Meet You”, connote plutôt, outre la pseudo-homonymie convenue qui fait que depuis plus d'un siècle “Nice is nice” au regard des anglo-saxons qui ont fréquenté ses rivages, la politesse automatique d'une première rencontre. Or ce que ce titre dissimule ici sous la neutralité assumée du jeu de mots, c'est la raison réelle de cette rencontre, dans ce lieu précis, de ces artistes là. […] Si l'exposition n'est pas bâtie sur un thème tiré d'une problématique à la mode, elle n'en possède pas moins un contexte qui sous-tend précisément leur relation à Nice et détermine la complexité de ce qui les distingue et de ce qui les réunit. La consultation de leur biographie montre que si plusieurs d'entre eux sont originaires de la région niçoise, ils ont, en tous cas, tous été formés dans le cadre de l'École Nationale d'art de la Villa Arson. Les cinq ans qu'ils ont passés dans ce lieu particulier ont été, pour la plupart, le temps de l'initiation à l'expérience de la création artistique.

Les caractéristiques communes de cette formation, à l'époque où ils étaient encore étudiants, dans les années qui courent de 1988 à 1995, les a confrontés à un projet d'école dont la radicalité contemporaine a été une épreuve déterminante dans la construction de leur relation à l'art. Ils ont, en effet, été les bénéficiaires de la refonte de l'ancienne école où subsistaient encore des départements séparés consacrés à l'étude de la scénographie, de la communication et du design, en un nouvel établissement entièrement tourné vers les formes les plus contemporaines de l'art international. Ce nouveau projet proposé dès 1985 par Christian Bernard, actuel directeur du Musée d'art moderne et contemporain de Genève, mettait en place en même temps qu'une formation axée sur le questionnement des aspects expérimentaux des pratiques de l'art, un centre d'art où allaient se succéder des expositions consacrées aux problématiques les plus récentes apparues sur la scène internationale de l'art. La présence continuelle des artistes, qu'ils soient en résidence pour une recherche particulière ou pour préparer une exposition était aussi pour les étudiants l'occasion d'une relation vivante avec les acteurs même de cette scène et d'une compréhension à la fois plus directe et plus précise de leur œuvre.

[…] Une exposition précédente au MAMAC avait, sous le titre de “Nouvelle Vague” était consacrée en 1994 à une génération antérieure de ces jeunes artistes.

[…] “Nice to Meet You” rassemble donc dix-sept artistes d'une génération correspondant à une tranche d'âge comprise approximativement entre trente-cinq et quarante ans. Il ne s'agit pas d'une recension exhaustive des artistes issus de la Villa Arson pour cette génération, dont plusieurs autres auraient pu figurer ici, il ne s'agit pas non plus d'un tableau d'honneur des mérites artistiques mais d'un choix fait à partir de critères particuliers. Nous voulions montrer à Nice des artistes représentant un éventail de pratiques diversifiées mettant l'accent sur ceux qui, formés ici et quelques fois natifs de la région, avaient décidé de se projeter dans une aventure extra régionale et pris le risque de vivre et de travailler, comme on dit dans les biographies, ailleurs.
[…] A l'exception de deux artistes, Marc Chevalier et Cédric Teisseire, dont la présence est un hommage non seulement à la qualité de leur travail mais aussi à l'activité de l'association “La Station” qui fut un vecteur historique de la situation de l'art contemporain à Nice, tous les autres sont les représentants d'une “diaspora” constituant un réseau virtuel qui, au-delà du rayonnement particulier de chacun, fait d'un même coup la réputation de l'école dont ils sont issus et prolonge dans le temps présent l'écho d'une situation artistique historiquement active sur la Côte d'Azur depuis les années soixante. Nous avons donc choisi de montrer, en les rassemblant au MAMAC pour la durée d'une exposition, une série d'artistes dont les trajectoires singulières ont une visibilité à l'échelle nationale et quelquefois au-delà. Ils peuvent être considérés encore comme de jeunes artistes mais la maturité de leur travail et leur inscription dans les collections institutionnelles et privées, appuyées souvent par une galerie efficace, leur confère une envergure professionnelle en harmonie avec leur engagement artistique.

Dans cette exposition, on trouve donc des peintres, des dessinateurs, des sculpteurs, des vidéastes, des photographes, des installateurs qui peuvent être tout cela à la fois, en un mot les multiples facettes expérimentales de l'art contemporain.[…]

Jean-Marc Réol
Février 2007 (extraits)