Klein - Byars - Kapoor

30 juin - 16 décembre 2012
1er étage du musée

 

Notice biographique - James Lee Byars (Détroit, 1932- Le Caire, 1997)


The Moon Column (JB 132), 1990
Marbre / 250 x 60 x 30 cm / 1 000 kg
Courtesy Estate de James Lee Byars et
Galerie Michael Werner, New York, Cologne et Märkisch Wilmersdorf, Allemagne


The White Figure (JB 130/00), 1990
Marbre, 20 x 45 x 170 cm
Photo : Lothar Schnepf, Köln
Courtesy Estate de James Lee Byars et Galerie Michael Werner, New York, Cologne
et Märkisch Wilmersdorf, Allemagne

Né le 10 avril 1932 à Détroit, James Lee Byars étudie l’art, la psychologie et la philosophie à la Wayne State University. En 1957-58 il voyage pour la première fois au Japon, où il retourne régulièrement jusqu’en 1967. Au début des années soixante, il effectue alors plusieurs performances à Kyoto. S’appropriant certains éléments symboliques du théâtre Nô et des rituels Shintô, il réalise également des dessins de grand format à l’encre de chine et des sculptures formées de feuilles de papier japonais traditionnel, pliées selon des formes géométriques. Influencée par cette culture orientale, son œuvre va alors s’articuler entre éternel, éphémère, quête de perfection et réflexion sur la mort (ce qui transparaît souvent dans les titres de ses œuvres).

Sa première exposition de travaux sur papier a lieu en 1958 dans la cage d’escalier de secours du MoMA grâce au soutien de la conservatrice Dorothy Miller. En 1964 à Central Park, ainsi qu’en 1967 au Museum of Contemporary Crafts de New York, Byars gagne l’attention du public avec des performances parfois si brèves et énigmatiques qu’elles semblent n’être qu’une persistance de l'image rétinienne, une simple apparition, comme si l’on ne pouvait s’approcher de la perfection que de manière fugace. Durant cette période, il élabore ses premiers costumes pour des performances collectives telles que Four in a Dress (1967) ou A Hat For Two (1968).

Sa première exposition en Europe a lieu à la Wide White Space Gallery à Anvers en 1969. Il voyage également en Suisse où il rencontre Harald Szeemann, alors directeur de la Kunsthalle de Berne, qui l’invite à la Documenta 5 de Cassel (Allemagne) en 1972. Byars y exécute deux performances : The Introduction to the Documenta 5 et Calling German Names. Berne restera une ville importante pour le déroulement de sa carrière, il y séjournera régulièrement au gré de ses performances et des expositions qui lui seront consacrées, comme "The Exhibition of Perfect" à la Kunsthalle en 1978.

Personnage énigmatique, Byars fait régner mystère et merveilleux lors de ses performances. Tout comme Yves Klein et Marcel Duchamp, par qui il a été grandement influencé, ses actions sont construites comme des rituels expérimentaux. Performer discret mais présent, Byars adopte une stratégie de distanciation lors de ses interventions publiques. L’artiste erre entièrement vêtu d’or (de rouge, de blanc, de noir ou de rose, en harmonie parfaite avec ses travaux), le visage masqué, à la fois présent et inaccessible. L’utilisation paradoxale d’un vêtement voyant associé à un masque obstruant une partie ou la totalité de son visage, vise à créer une tension entre exposition de soi et anonymat. Byars croyait à l’existence de l’artiste parfait dont la vie devait se fondre tout entière dans les matériaux de son art, mettant son expérience sensible du monde au service de la création plastique. Il affirmait lui-même : « Je pense que je ressemble fondamentalement à mon œuvre ». Son but ultime étant de disparaître dans ses œuvres, et que ses œuvres disparaissent en lui. Son travail et sa vie sont donc inséparables et forment une œuvre d'art total.

Ses préoccupations s'orientent également sur la formulation de « questions » comme en témoigne I’m collecting questions (performance au Hudson Institute, 1969), The World Question Center (performance à la University of Minnesota, 1970) ou encore "The First Letter Show", première exposition personnelle qui lui est consacrée en 1975 par la galerie Toni Gerber (Berlin). Les correspondances qu'il a entretenues avec ses amis, parsemées de poussière d'or ou interrogeant sur des propos philosophiques, y sont dévoilées.

Byars participera également à plusieurs reprises à la Documenta de Cassel en Allemagne (en 1977, 1987 et 1992) et à la Biennale de Venise (en 1975, 1980 et 1986), confirmant ainsi sa renommée internationale. Si aux Etats-Unis les offres d’expositions restent modérées, en Europe, il a pu réaliser des projets dans de nombreuses institutions telles que le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 1986, la Kunsthalle de Düsseldorf en 1989, ou le Castello di Rivoli à Turin en 1995.

L’action se raréfiant avec le temps dans l'œuvre de Byars, c’est le matériau qui devient alors acteur et qui soulève des questions philosophiques. Ainsi, pour certaines de ses sculptures, l’artiste va commencer à produire des formes géométriques épurées et minimalistes, chargées d'une forte valeur symbolique (sphère, cylindre, cube, cercle, triangle, rectangle, croix, ou étoile à cinq branches). Bien qu’il ait déclaré en 1978 « ma mort annulera toutes mes œuvres », il commence à utiliser des matériaux de plus en plus pérennes comme la pierre ou le marbre de Thassos, très recherché pour sa blancheur éclatante. La surface poreuse des œuvres est poncée et les angles arrondis, afin de se combiner avec leur environnement, s’allégeant de la pesanteur du sol et semblant jouer avec les lois de la physique. Ses ultimes sculptures d’or et de marbre finissent par atteindre des dimensions monumentales à l’image de The Golden Tower (1974). L’or reste une couleur de prédilection qu’il associe à l’éternité et à la perfection.

Après avoir mis plusieurs fois en scène sa propre mort (The Death of James Lee Byars), l’artiste finit par succomber à une longue et douloureuse maladie le 23 mai 1997 lors d’un séjour en Egypte où il était en quête d’hypothétiques souffleurs d’or qui l’auraient aidé à réaliser l’œuvre parfaite… Jusqu’à ses derniers moments il aura donc cherché à atteindre la perfection. Il est aujourd’hui inhumé au cimetière des soldats américains du Caire.

De son vivant, James Lee Byars a longtemps collaboré avec la galerie Michael Werner, qui continue de le représenter encore aujourd’hui. Considéré comme l’une des grandes figures de l’art du XXème siècle, son œuvre reste pourtant peu connue en France. Les rétrospectives françaises qui lui ont été consacrées se sont tenues respectivement à la Fondation Cartier pour l’art contemporain (The Monument to language – The diamond Floor, Paris, 1995), au musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg (Life, Love & Death, 2003), ainsi qu’à la Galerie de France (James Lee Byars: JB: Q.I.I.T.R. T.F.T.I.P. T.S.T., Paris, 2008).