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DONALD JUDD. COULEUR " Ce quon appelle sculpture et que je nappelle pas, moi, sculpture " 7 octobre 2000-21 janvier 2001 1er étage du musée
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" Il est élémentaire en philosophie que les objets nont pas dessence ".
David Hume " Lordre nest que local ". " Ce que le tableau représente, constitue son sens. Le tableau me dit ce quil est soi-même ; le fait quil me dise quelque chose consiste dans sa propre structure, dans ses formes et ses couleurs ". " Wittgenstein, quil est maintenant trop chic de citer mais que je citerai quand même, a dit ceci : " Il est difficile de trouver le commencement. Ou plutôt, il est difficile de commencer au commencement et dessayer de ne pas remonter plus loin en arrière ". Les esthéticiens essaient de tirer des conclusions à partir du procédé et de ses résultats, mais pour moi le procédé est premier et dune certaine manière il est la conclusion ". Critique dart, peintre puis sculpteur, quoiquil en réfutât le terme, designer et architecte, Donald Judd (1928-1994) est un représentant majeur de la sculpture minimaliste américaine aux côtés de Carl Andre, Dan Flavin, Robert Smithson, Richard Serra et Robert Morris. Issue des uvres constructivistes de Naum Gabo, dAnton Pevsner, et des sculptures modulaires dAlexander Rodtchenko, influencée également par les travaux du Bauhaus de Josef Albers, mais aussi de Max Bill ou de Richard Paul Lohse, la sculpture de Judd se définit par des volumes aux formes réduites (fondés sur la simplicité modulaire et la standardisation des formes), aux matériaux primaires (variant ainsi épaisseur, réfraction, couleur, texture, et opacité), construits de façon industrielle, et à caractère anti-personnel (la réalisation étant confiée aux autres). Théorisées par lartiste comme " objets spécifiques ", ces uvres ne sont ni peinture, ni sculpture, mais des objets tridimensionnels sinscrivant dans lespace réel, des structures pouvant intégrer couleurs, formes et surfaces. Lartiste met dailleurs en place des stratégies bâties autour de la répétition, de la sérialité et de la progression, dans le but de créer une dialectique entre identité et différence. Pour les pièces multipartites où les éléments sont subordonnés, le résultat est un tout constitué dentités solidaires, séparées mais non séparables ; ce travail sculptural est décrit par Germano Celant comme " un ensemble constituant des unités autonomes qui manifestent une solidarité interne ". Sculptures à valeur autosignifiante, antispiritualistes et pragmatiques, ni subjectives ni irrationnelles, volontairement anti-compositionnelles, les uvres de Judd se veulent déductives, illustrant " un ordre local, juste un arrangement, à peine un ordre ". Yve-Alain Bois souligne que " lautonomie et laccessibilité immédiate incitent presque à ne pas penser, ou du moins à ne pas procéder comme les philosophes qui procèdent par induction et remontent jusquà des conclusions a priori ".Cette lisibilité est accrue par le principe dopposition de grands formants de lArt tels que peinture et sculpture, plein et vide, matière et non matière, volume et surface, horizontale et verticale, droite et gauche, droite et diagonale, monochrome et multiplicité colorée, transparent et opaque, commencement et fin, ouvert et fermé, pénétrable et non pénétrable, externe et interne, contenant et contenu, devant et derrière, haut et bas, conception et réalisation Volume et perception : Volume et lumière : Même immobile face aux uvres de Judd, la lumière joue différemment sur les modules ; si le bois labsorbe, les métaux et le Plexiglas réfléchissent la lumière. Lart de Judd est purement visuel, car pour jouer avec la lumière et les ombres, il introduit loblique et larête accrocheuses de lumière, ce qui revient à départager le vide et le plein, à moduler deux vides. Dailleurs, si la tradition sculpturale européenne est soustractive, celle de Judd est additive. En effet, lartiste introduit le vide en tant quespace modulairement contrôlable, les portions de vide en se répétant forment des séquences permettant un contrôle objectif des rapports entre vide et plein. Ce procédé déquidistance des intervalles entraîne une phénoménologie puisque le premier devient le second et vice-versa, tout en étant mobiles et interchangeables. La couleur : Judd utilise la laque ou peint au pistolet pour avoir recours au monochrome le plus inexpressif et impersonnel. La couleur sert à lunité visuelle, à faire tenir ensemble les formes. Sa prédilection se porte sur le rouge cadmium industriel car il pense " quen tant que couleur il a la valeur exacte pour un objet à trois dimensions. Le rouge semble être la seule couleur qui rende vraiment un objet précis, et définisse ses contours et ses angles ". Les matériaux : Outre la dualité entre les matériaux et les couleurs quil traite par fusion, polissage, coupe et assemblage, Judd affectionne particulièrement le bois (le contreplaqué et laggloméré), les métaux (le laiton, le cuivre, laluminium anodisé, lacier, quil soit inoxydable, laminé, poli, ou galvanisé, symboles de la production industrielle), ainsi que le Plexiglas. La spécificité du lieu :" " Des petits éléments ou même des éléments larges ont toujours lair dobjets dans lespace quand ils se détachent sur un fond indéfini, ils ont toujours lair de choses dans le monde. Ce sont des points dans lespace et lespace est alors un vide environnant. Alors ce quil faut faire cest créer lespace, un espace fait par quelquun, un espace qui est formé comme lest un solide, les deux pareillement, lespace et le solide se définissant lun lautre ". Cette citation de Judd montre quil recherche un rapport dialectique précis avec lespace donné afin de jouer sur les coordonnées bi et tridimensionnelles ainsi que sur les verticales et horizontales. Pour cela, il construit un espace dans lespace, un volume dans le volume, un environnement détude pour lemplacement de lobjet dart dans larchitecture. Comme le souligne Germano Celant, lhypothèse est de bâtir un " instrument de lecture qui interprète lespace et son environnement ". A Marfa, depuis 1973, lartiste contrôle ses uvres en réalisant des " contenants architectoniques dans lesquels il vérifie la performance spatiale maximale de ses sculptures ". Les boîtes : Comme Robert Smithson, Judd trouve dans le parallélépipède un principe de totalité fermée sur elle-même (" wholeness ") tandis que Sol LeWitt et Robert Morris choisissent le cube, forme plus facile à fabriquer quune sphère. Tautologies en soi (une boîte est une boîte), ces sculptures ne demandent pas dy tourner autour, ce qui est la pratique habituelle de la ronde-bosse, mais de se pencher " dans lobjet " pour y découvrir lillusion dune perspective fuyante. " Les premières boîtes en Plexiglas sont un peu fantaisistes techniquement, écrit Judd, et elles avaient besoin de quatre fils métalliques tendus pour les faire tenir ensemble. Plus tard, jai eu lidée des boîtes transparentes. Aucune des boîtes na de fond, donc le sol est visible à travers. Ce qui ouvre la boîte. Tout ce schéma signifie que les boîtes ont des bords définis et sont des corps ouverts ". Les piles : Proches formellement de la " Colonne sans fin " de Constantin Brancusi et des " Zips " sculptés de Barnett Newman, ces uvres se composent de formes parallélépipédiques à encorbellement dont le nombre varie de six à dix unités en fonction de la hauteur du mur. Judd standardise doublement les dimensions de ses " Stacks " : soit 15,2 X 68,6 X 61 cm, soit 23 X 101,6 X 78,7 cm par module, ce qui implique que les intervalles entre les unités (15,2 ou 23 cm) sont toujours égaux à la hauteur de ces unités, de même que la distance entre le sol et le premier module. Les progressions : Les gravures : " Je pense quil est pour moi un peu contradictoire de faire des estampes, mais jaime en faire et je peux aussi apprendre quelque chose delles ". Même sil semble normal de voir les gravures et les dessins détudes dobjets de Judd dans le contexte de son travail tridimensionnel, ceux-ci paraissent plus " intimistes " que ses sculptures. Depuis 1951, lartiste pratique lestampe (monotype, xylogravure et aquatinte) dans la mouvance de la peinture expressionniste abstraite, puis, à partir de 1961, introduit la sérialité dans le but non de varier les images mais leur apparence. En 1986, le format rectangulaire voit ses dimensions standardisées à 60x80cm ainsi que les partitions symétriques de la surface (de trois à cinq) et lintégration de la verticale et de lhorizontale (dune à trois lignes). Cette mise en abîme du rectangle coloré dans le rectangle entraîne également une limitation des couleurs jugées trop subjectives (de deux à trois au maximum). Dans ces séries, et à la différence de ses objets, Judd sappuie sur le flamboiement des couleurs. |
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