INTRA-MUROS
26 juin 2004 - 02 janvier 2005

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DOSSIER DE PRESSE

Kounellis
Weiner

Giovanni Anselmo

Grigi che si alleggeriscono verso oltremare, 1982-1996
pierre, câble acier, outremer
Il vit et travaille à Turin.
Il est né en 1934 à Borgofranco d’Ivrea en Italie. Il ne suit pas d’enseignement artistique académique mais se met à la peinture à l’huile, spontanément, durant plusieurs années. A partir de 1967, il participe aux expositions des artistes de l’Arte Povera, dont il devient rapidement l’un des chefs de file. Sa première exposition personnelle a lieu en 1968 à la galerie Sperone de Turin.
Depuis un lever de soleil au sommet du Stromboli le 16 août 1965, où il a installé, depuis, un atelier, Giovanni Anselmo s’est engagé dans une réflexion permanente à propos de l’ordre des choses, des cycles de la nature, de la gravitation, des champs d’énergie qui impulsent tout mouvement, du rapport existentiel entre l’homme et la nature au sein du cosmos. Il visualise l’énergie dans des installations de matériaux placés en relations d’équilibre et de forte tension entre des forces opposées : il tord une étoffe autour d’un axe de bois dur jusqu’à ce que la tension soit à son comble : Torsione, 1968 ; il oriente, au sens littéral de se tourner vers l’Orient, une boussole incluse dans une flèche de pierre massive : Direction, 1968. Dans les années 80, son travail est axé sur le concept de l’Outremer. Toute son œuvre est une métaphore sur l’équilibre fragile de la vie et de l’art. Ses matériaux de prédilection sont le granit, la corde, la boussole, l’acrylique bleu outremer.

John Armleder


Instant Reply II (Red Brushstrokes), 2004
peinture acrylique
Caratsch de Pury & Luxembourg, Zurich
Il vit et travaille à Genève.
Né en 1948 à Genève, John Armleder fait ses études à l’ Ecole des Beaux-Arts de la ville. En 1969, il fonde le groupe Ecart, proche de Fluxus. Sa première exposition personnelle a lieu en 1973.
Pendant les années soixante-dix, John Armleder propose des performances, des vidéos. Au début des années quatre-vingt, il s’inscrit dans le mouvement de la post-modernité et revendique un engagement politique et social. Il utilise l’objet comme ready-made qu’il juxtapose avec les toiles abstraites. Il se réapproprie l’abstraction « parce que c’est une donnée fondamentale de la peinture de ce siècle ». Il entreprend des peintures d’ameublement : des tabourets, des tables, des canapés voisinent avec des toiles géométriques, souvent monochromes. A partir de 1985, il remplace les meubles par des instruments de musique dans de grandes compositions.
Depuis 1990, il crée des séries plus « kitsch » autour de l’ameublement de jardins avec des roues fleuries. Ses dernières installations sont des peintures murales par lesquelles il envahit les murs des lieux d’exposition de larges répétitions de motifs géométriques sur fonds colorés, selon la technique du all-over chère aux mouvements de l’Abstraction américaine. Il collectionne et rassemble dans un archivage méthodique près de 500 propositions dans une sorte de catalogue raisonné.

Robert Barry


Untitled, 2003
Né en 1936 à New York, il vit et travaille à Teaneck, New Jersey, USA.
Il fait ses études artistiques au Hunter College, the City University de New York de 1956 à 1963. Sa première exposition personnelle a lieu en 1964. Dans les années soixante, il est un des principaux représentants de l’art conceptuel.
Robert Barry veut montrer « des choses dont nous ne savons rien encore ». Il souligne d’abord l’invisible à l’aide d’ondes de fréquence électromagnétique, d’ultrasons et de gaz inerte. Ses premières œuvres de peintre testent la délimitation de l’espace : par exemple, Painting in four parts de 1967 dans laquelle quatre petites toiles forment les angles d’un rectangle plus grand. Plusieurs œuvres soulignent la notion d’espace invisible, imperceptible, dans lesquelles il relâche dans l’atmosphère d’infimes quantités de gaz. Puis, en 1970, il se constitue une « bibliothèque » avec les mots qui lui « adressent la parole » et organise des Pièces / Projections de diapositives. En 1977, il commence les séries sur les Ecritures sur le mur. Barry utilise des mots disposés en arborescence, selon le principe strict de la symétrie ou en rayons. Comme chez beaucoup d’artistes conceptuels, le mot est l’instrument le plus approprié pour intégrer le champ le plus large d’investigation du réel.

Jean-Charles Blais

Sig. (Drunk), 2003, vidéo dvd
courtesy galerie Catherine Issert, Saint-Paul

Né à Nantes en 1956. Il fait ses études aux Beaux-Arts de Rennes. En 1981, il participe à l’exposition organisée par le critique aujourd’hui décédé Bernard Lamarche-Vadel dans son appartement parisien « Finir en beauté ». Cette manifestation donne naissance au mouvement de la Figuration Libre. Première exposition personnelle en 1982. Il vit et travaille à Paris et à Vence.
Au début des années 80, Blais peint sur des matériaux trouvés, le plus souvent au dos d’affiches récupérées dans la rue ou dans le métro. Ses tableaux généralement de taille imposante, sont peuplés de personnages, d’animaux ou de végétaux (El Tiger de papel, 1982, collection Mamac Nice). Les couches superposées de papier se creusent de-ci de-là de trouées qui permettent d’apercevoir d’autres images. Des effilochages de la couche superficielle scandent la surface entière, allégeant visuellement la compacité de l’ensemble. Il inscrit parfois des citations dans des bulles mais très vite, il n’esquisse plus que des personnages dont les silhouettes deviennent de plus en plus abstraites. Des corps vus de dos, des fragments d’anatomie, des visages en ombre noire. Au début des années 90, il entreprend une série de sculptures, bustes et têtes, qu’il veut en état d’« apesanteur élastique ».
Actuellement, Blais poursuit sa réflexion sur le corps par le biais de l’image numérique mise sur support DVD et projetée sur le mur (Série des Ellipses). Ces outils induisent une modification de relation du regardeur à l’objet d’art. Les projections lumineuses sont la traduction immatérielle de la ligne idéelle sur un mur. L’image corporelle selon Blais devient de plus en plus abstraite grâce à la technologie actuelle.


Mel Bochner

Measurements : Standards and Practices, 2004
acrylique sur toile, adhésif
courtesy Sonnabend Gallery, New York
Il est né en 1940 à Pittsburgh (Penn.), USA. Il fait des études de peinture et de philosophie au Carnegie Institute of Technology de Pittsburgh. Sa première exposition personnelle a lieu en 1966. Artiste conceptuel, il vit et travaille à New York.
En 1966, Mel Bochner délaisse son précédent travail sur les œuvres en trois dimensions pour se consacrer à la série des Photo-Pieces, photographies de perspective en noir et blanc (1966-1967). Il organise en 1966 l’exposition « Dessins préparatoires et autres objets visibles sur papier à ne pas considérer nécessairement comme de l’art », que l’on a décrit comme la première exposition conceptuelle. Il dessine directement sur le mur ou sur le sol avec des pigments et de la craie (1968-1970). Il procède à des mesures (Measurements Series), visant à mesurer un espace réel et à appliquer ensuite ces mesures sous forme de marquage sur le lieu même ; le fait d’exposer ces mesures permet de relever dans le contexte artistique ce qui avait tendance à être oublié, à aller de soi : le mur comme simple support, neutre et interchangeable, contre lequel une œuvre est habituellement apposée dans l’espace du musée. Prenant la place du tableau, le mur devient une surface à contempler, qui n’est plus l’espace illusionniste de la peinture traditionnelle, qui ne suggère pas non plus l’idée d’un ailleurs par le truchement d’un dessin ou de la couleur à l’intérieur d’un cadre, mais au contraire affiche ses propres limites, sa structure mathématique sous-jacente. Dans les années soixante-dix, il présente des toiles découpées et traversées de lignes qui ponctuent l’espace. En 1985, il réintroduit le volume dans ses peintures et revient aux questions de perspectives. Il se consacre à la représentation de l’objet à trois dimensions sur une surface plane et à l’illusion de cette mise à plat. Les mesures servent à mettre en lumière une structure, une logique et des principes qui, bien qu’autrement camouflés, gouvernent rigoureusement notre environnement.

Daniel Buren

La couleur encadrée, 2004
peinture acrylique, adhésif
Il est né en 1938 à Boulogne-Billancourt, France. Il vit et travaille à Paris. II est diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Métiers d’Art de Paris en 1960. Une période de maturation entre 1960 et 1965 constitue la gestation d’un style abouti dès 1965 et qu’il poursuit encore aujourd’hui. Au début des années 60, à Paris, tout ce qui a la vedette lui paraît absolument inintéressant : le Nouveau Réalisme, la Figuration Narrative et même ce qui reste de l’abstraction lyrique de l’Ecole de Paris. Il fait partie de ces artistes français qui s’inscrivent dans une démarche de contestation fondamentale de l’œuvre d’art, tant au plan de la représentation qu’au plan de la matérialité même de l’œuvre. En 1967, il est le co-fondateur du groupe BMPT (Buren-Mosset-Parmentier-Toroni) qui refuse la trace picturale comme message subjectif et illusion. Sa première exposition personnelle a lieu en 1968.
Il a défini en 1966 des caractères formels qui ne varieront plus : des bandes verticales de 8,7 centimètres de large en deux tons alternés, du blanc et une autre couleur. Désormais, il répète ses rayures sur tous les supports, tout en insistant sur le fait qu’il ne s’agit en aucun cas de ready-made. Depuis 1967, il intervient in situ, dans la rue, dans le métro, sur les toits de Paris ( Les couleurs : sculptures, juin 1977), dans la cour du Palais-Royal à Paris (1985-86), sur la Place des Terreaux à Lyon (1995). Lorsqu’il investit un espace urbain, il force le spectateur à prêter attention non tant à ce qu’il regarde, mais à la façon dont il regarde, que ce soit à l’intérieur d’un bâtiment ou dans la ville.
Il a installé pour Lille 2004, une Ronde de nuit spectaculaire, ronde de lumière au mouvement perpétuel, soutenue par des mâts à 4m du sol, dans l’Ilôt Comtesse.

Tony Cragg

Menschnenmenge, 1984
objets divers en plastiques
BSI Art Collecion, Lugano
Il est né à Liverpool, en Angleterre, en 1949. Son père était ingénieur électricien et travaillait dans l’industrie aéronautique. Après des études orientées vers les sciences, Cragg commence à travailler en 1966 comme technicien dans un laboratoire de recherche sur le caoutchouc naturel. Il y reste deux ans, durant lesquels il se découvre un intérêt pour l’art. Il commence à dessiner et à observer les objets autour de lui. Il fait des études au Gloucester College of Art and Design de Cheltenham en 1968-69, tout en travaillant de nuit dans une usine de moteurs électriques, puis de 1969 à 1972, il étudie à la Wimbledon School of Art. En 1972, il s’inscrit au cours de sculpture du Royal College of Art de Londres, et fait la connaissance de Bill Woodrow et de Richard Deacon. Il est alors influencé par le travail d’une certaine génération d’artistes rencontrés dans les années 60 : ceux du Minimalisme, de l’Arte Povera, du Land Art et de l’Art conceptuel. Cependant, il cherche rapidement à s’en démarquer. Après l’obtention de son diplôme, il s’installe à Wuppertal en Allemagne en 1977. Sa première exposition personnelle a lieu en 1979.
Dans les années 70, Tony Cragg collecte des détritus, des objets de bois et de plastique et les installe au sol en de grandes compositions colorées. Il travaille sur la fragmentation et la re-composition des formes. En 1978, il montre pour la première fois à Paris, dans l’exposition JA-NA-PA, une pièce constituée de morceaux de plastique peints arrangés au sol : New Stones-Newton’s Tones, 1978.
A partir de 1984, ses installations-collages, dessins-sculptures, se présentent aussi comme des peintures murales. Il recouvre des objets ou des meubles de particules de plastique. Il considère que le « matériau est seulement un médium » et que seule « l’âme importe ». A la fin des années 80, il produit et installe de gigantesques tuyaux, colonnes et bouteilles phalliques ou des bombonnes de fonte, de bronze ou de bois.


Dominique Drillot
Il est né en 1959 à Tours. Il vit et travaille à Nice.
Il développe une démarche personnelle entre sculpture et peinture tout d’abord puis entre sculpture et scénographie. Il signe son premier décor pour Jean-Christophe Maillot avec lequel il collabore pour le Centre chorégraphique de Tours et depuis 1994 pour les Ballets de Monte Carlo. Il développe cette relation scénographie-chorégraphie avec d’autres artistes comme Lucinda Child, Ramon Oller, Conny Jansen, Ted Bradsen et Josette Baiz. Des compagnies notoires font appel à lui, notamment le Ballet du Nord, le Ballet de l’Opéra de Rome, le Lyon Opéra-ballet, le Ballet du Grand Théâtre de Bordeaux, le Ballet de Stuttgart, le British Ballet Columbia, le Ballet du Grand Théâtre de Genève, le Ballet National du Danemark, Introdans, le Groupe Grenade et les Ballets de Monte-Carlo, en qualité de scénographe ou de « créateur lumières ». Son travail actuel vise une prise de conscience de l’espace par l’utilisation des personnes et des objets dont il donne à voir seulement la ligne en aluminium peint ou tout autre métal qui traduise un poids et qu’il positionne simultanément au sol et au mur. L’acteur, le danseur ou le spectateur entre ainsi dans un univers de formes prolongées par des ombres portées étirées, dans lequel il se meut dans un positionnement spatial inhabituel du fait que la caméra fixée au zénith enregistre les images

Damien Hirst

Five Blacks, 1993-2004
Il est né en 1965 à Bristol en Angleterre. Il grandit à Leeds puis vit à Londres et à Berlin. Il fait ses études au Goldsmith’s College de Londres. C’est un des jeunes artistes britanniques dont on a le plus parlé au début des années 1990. Issu du monde de la publicité, on le trouve classé dans le groupe des « Jeunes artistes britanniques » (YBA). Une exposition réputée : Freeze, qu’il organise dans les Docks de Londres, retentit avec éclat dans le contexte relativement calme du marché de l’art. Il obtient le DAAD à Berlin en 1994 et le Turner Prize en 1995. Obsédé et fasciné par la mort, il défraie la chronique avec une œuvre impressionnante : The physical impossibility of Death in the Mind of Someone Living, composée d’un requin mort flottant dans un aquarium empli de liquide conservateur. Equilibré et lesté pour se maintenir au milieu de l’aquarium comme s’il était dans son milieu naturel.
Damien Hirst juxtapose constamment diverses notions pour exprimer son sentiment de l’ambiguïté du cœur humain : art, science, media et culture populaire. Son œuvre traduit une interrogation récurrente des rapports entre la vie et la mort. Son travail le plus récent traite de la couleur selon les nuanciers du commerce.

Joseph Kosuth

Wall-One and Five, 1965
Tirages photographiques
Il est né en 1945 à Toledo, Ohio, USA. Il fait ses études au Toledo Museum School of Design (1955-1962) ; au Cleveland Art Institute (1963-1964) puis à la School of Visual Art de New York (1965-1967). Sa première exposition personnelle a lieu en 1967. Il est membre du groupe Art & Language de 1969 à 1973. Il est ensuite le représentant américain du groupe et le co-éditeur de leur revue The Fox (1975-1976). Il est aussi enseignant, critique, conférencier et voit son travail comme « une enquête sur l’art ». Il vit et travaille à New York.
Joseph Kosuth réfléchit sur l’art dans son rapport au langage. Dans ses premières œuvres il revoit et corrige le principe d’appropriation duchampien et présente un objet usuel (table, chaise, horloge…) accompagné de sa reproduction photographique grandeur nature et de la définition du dictionnaire de cet objet / concept. En 1969, il publie Art after Philosophy : il projette « d’ inventer des sens nouveaux à l’art », rejette toute idée d’esthétisme et de formalisme et se réfère aux écrits de Wittgenstein. Il travaille par séries et définit des concepts : ses propositions sont ensuite mises en œuvre par des assistants. En 1991, pour célébrer le centenaire de Jean-François Champollion, Joseph Kosuth réalise à Figeac, lieu de naissance du savant dans le sud-ouest de la France, une œuvre présentant un agrandissement de la pierre de Rosette, occupant la cour du musée, d'une carte du delta du Nil, accompagnée de la traduction du texte, ainsi que d’un jardin d’essences végétales de l’Egypte ancienne. Depuis, il a répondu à une trentaine d’installations venant de la commande publique. Il propose des sérigraphies de textes, d’images, des effacements / recouvrements de mots à l’encre ou au néon dans les séries de Blow up, Traductions, Art comme idée, Catbexis, Hypercathexis, Textes rayés.

Janis Kounellis

Sans titre, 2004
étagères de fer, veste, paquets de cigarettes, soldats de plomb
Né en 1936 au Pirée, en Grèce. Vivant à Rome depuis 1956,il fait ses études à l’Académie des Beaux-Arts Via di Ripetta près de la Piazza del Popolo. Rome est pour Kounellis un lieu idéal. Pour lui qui quittait un endroit au passé accompli, il arrivait dans une cité moderne où toutes les phases d’une histoire culturelle pouvaient être vues comme des strates archéologiques. Histoire et art sont inextricablement liés dans la pensée de Kounellis et, partant, dans son oeuvre. Il revendique l’influence de Lucio Fontana et d’Alberto Burri, Casimir Malévitch, Piero Manzoni et Yves Klein. Sa première exposition personnelle a lieu à la Galerie la Tartaruga à Rome en 1960.
Kounellis est habituellement identifié sous le vocable de l’Arte Povera ; de fait, il participe aux expositions du groupe à partir de 1967, en particulier à la galerie la Betersca de Gênes «  Arte Povera e in spazio »( 1967). Il est préoccupé par les métamorphoses de l’esprit humain au long de son évolution et le traduit dans des métaphores  poétiques d’une grande force expressive, de même qu’il poursuit une interrogation sur le rôle fondamental de l’artiste dans la société.
A la fin des années 60, il commence à utiliser le feu comme matériau et en fait un indice identitaire. Tout d’abord il crée une fleur de métal, la marguerite, qui renferme un bec Bunsen ; puis il combine les œuvres de feu avec des lits métalliques, métaphoriquement le lieu où on naît, on vit et on meurt. Puis il s’agira non plus exclusivement de feu brûlant mais de traces de fumée. Sans doute, ce qui frappe le plus l’imagination du spectateur est sa présentation de chevaux vivants en 1969 dans les espaces de la galerie l’Attico de Rome. Ce sont ensuite les ouvertures bloquées, puis un travail récurrent sur le fragment, notamment des fragments de moulages antiques, le fragment pris comme le vestige d’une totalité perdue.

Ange Leccia

La mer, 2001 , vidéo dvd
Courtesy galerie Almine Rech, Paris
Né en 1952 à Minerviu (Cap Corse), France. Il vit et travaille à Paris.
Ancien pensionnaire de la Villa Médicis à Rome, iI a enseigné à l’Ecole des Beaux-Arts de Grenoble et est actuellement le directeur du Pavillon, unité pédagagogique du Palais de Tokyo à Paris.
Au cours de ses nombreux voyages autour de la planète, il ne se sépare pas d’une caméra numérique avec laquelle il enregistre et s’approprie la réalité des lieux. De ces images captées selon son intuition, au cours de ses déambulations, il fait des films-témoignages de son époque, mais ce ne sont pas des documentaires : la façon dont il choisit instinctivement ses sujets ou ses fragments de sujets répond à un sens certain de la poésie. Montés en boucle, ils donnent à voir ce que saisit son regard d’artiste et suscite une réponse dans l’imaginaire du spectateur.
Il vient de réaliser pour l’Opéra de Monaco un rideau de scène en projection et travaille sur un projet intitulé Los Alamos, un territoire sensible historiquement, lieu d’extermination des indiens et actuellement consacré à la fabrication de la bombe atomique.

Sol LeWitt

Wall Drawing # 1124, juin, 2004
peinture acrylique
Il est né en 1928 à Hartford, Connecticut, USA. Il fait ses études à l’Université de Syracuse, puis à la Cartoonist School de New York ; il travaille ensuite comme graphiste pour l’architecte Ian Ming Pei. En 1965, première exposition personnelle. Il devient l’un des représentants majeurs du Conceptualisme. En 1967 et en 1969, il publie deux essais définissant l’Art conceptuel. Il vit et travaille à New York et en Italie.
Marqué au début de son travail plasticien par le constructivisme et les théories du Bauhaus, l’œuvre de Sol LeWitt est fondée sur l’idée que le moment important est celui de la conceptualisation et non celui de la réalisation ; donc, il fait réaliser ses œuvres par des assistants et applique le principe du procédé sériel. Les règles sont posées dans les années soixante : utilisation de lois mathématiques, cubes vides et laque blanche. Chaque sculpture doit être installée en fonction du lieu. Les combinaisons seront infinies. Dans cette phase de son travail, il privilégie le blanc immaculé.
En 1968, il entreprend la série des Wall Drawings, des dessins à même le mur conçus pour un lieu spécifique et qui doivent être effacés après exposition. Depuis 1978, ses dessins sont simplifiés et monumentaux. Il ose les couleurs et devient plus lyrique mais conserve les même bases formelles, les mêmes structures primaires.

Richard Long

Nice Circles, 2004
mur de boue
Né à Bristol, Angleterre, en 1945. Il fait ses études au West of England College of Art de Corsham puis à la St Martin’s School of Art de Londres. Sa première exposition personnelle a lieu en 1968 au Konrad Fischer de Düsseldorf.
Dans la mouvance du Land Art, Richard Long trouve deux solutions au problème ardu que rencontrent les artistes de cette catégorie pour montrer leurs réalisations au sein des institutions publiques dévolues à cet effet, et notamment les musées. Assez souvent, le parti pris de reproduire les sites naturels par tous moyens techniques élaborés à l’intérieur d’un espace d’exposition s’est révélé à la limite du ridicule.
Aussi, Long choisit de faire entrer les éléments naturels dans les galeries d’art en réalisant des motifs simples à même le sol, par exemple à l’aide de pierres trouvées dans des sites précis (Vermont Georgia South Carolina Wyoming Circle, 1987). Les quatre groupes de cailloux qui composent le motif proviennent de quatre états américains différents, et la variété de leurs origines est traduite par le contraste entre les couleurs.
Dans son œuvre, Richard Long s’attache à exprimer l’esprit des lieux. Pour l’artiste, la marche est le moyen immédiat et pratique d’établir des connections entre l’art et la nature. Des photographies représentant ses longs périples dans la nature accompagnent généralement ses réalisations.
Depuis quelques années, il crée des « murs de boue » suivant la forme des hexagrammes chinois traduisant le symbole fondamental de la Terre. Ainsi, le médium utilisé pour l’œuvre est en exacte relation avec sa signification.

François Morellet

? Weeping Neonly n°3, 2003
néons, fils électriques
Né en 1926 à Cholet. Il étudie le russe à l’Ecole des Langues orientales à Paris (1945-1947), puis il travaille dans l’entreprise familiale à Cholet et commence à peindre. Il vit et travaille à Paris.
Sa première exposition personnelle a lieu en 1950 à Paris. Il crée en 1953 16 carrés, son œuvre la plus minimaliste qui introduit le principe de la trame. Partant de la lecture d’auteurs comme James Joyce, Samuel Beckett, Raymond Queneau qui usent de l’absurde comme mode de pensée et de vie, il essaye de l’ériger en logique et en système. Cependant, il fait sa part au hasard comme élément indispensable de l’œuvre. Il est le co-fondateur en 1960 du GRAV, Groupe de Recherche d’Art visuel, avec Horacio Garcia Rossi, Julio Le Parc, Joël Stein, Francisco Sobrino et Yvaral. Il veut « réaliser des œuvres d’art destinées à être des matériaux d’une future science de l’art ». Au début des années 60, il participe aux expositions et aux publications de Zéro International, dans ses relations avec les avants-gardes françaises.
Dada avant tout, François Morellet explore dans les années 50 des géométries minimales. Dans les années soixante, il propose des environnements à « géométrie variable » : des séries de Sphères, de Néons et de Grilles. Le catalogue-manifeste du mouvement est financé par Denise René en 1962 : Pour une peinture expérimentale programmée. En décembre 1968, le GRAV se dissout.
1971, François Morellet crée sa première intervention monumentale sur les murs pignons d’immeubles anciens du côté de Beaubourg au lieu nommé le Plateau de la Reynie. C’est le début des « Désintégrations architecturales ».
1998, il élabore un nouveau système qui consiste à créer des cheminements de segments de droite égaux et articulés suivent des angles aléatoires donnés après conversion par les décimales du nombre Pi (3, 14149…) les B Rococco. Puis arrivent les B Piquants et B Puissants, les Balances-War, les B Ferococco, les Après réflexion, les Beaming B, les Ratés et enfin les Insignifiants.

Robert Morris

Blind Time Wall Drawing, 2004
crayon de cire
Il est né le 9 février 1931 à Kansas City, Missouri. Il se consacre jusqu’en 1955 à ses études artistiques à l’Institut d’art de la ville puis à l’Ecole des Beaux-Arts de San Francisco, qui le mènent dans un premier temps à peindre dans la mouvance de l’expressionnisme abstrait et plus particulièrement de la peinture gestuelle de Jackson Pollock. Il abandonne le tableau pour entamer un travail centré sur l’analyse structurale de l‘œuvre et sur le concept de représentation. En 1957 a lieu sa première exposition personnelle à la Dilexi Gallery, San Francisco.
En 1960, à New York où il s’est installé, il crée des sculptures de formes neutres, sans affect ni narration qui font de lui, à l’instar de Donald Judd, un théoricien du minimalisme. En 1967 il privilégie le feutre industriel comme matériau, qu’il découpe, empile sur le sol, qu’il accroche au mur et suspend afin qu’il en subisse les déformations provoquées par la pesanteur. « Le feutre est associé à l’anatomie : il renvoie au corps – il est comme de la peau. La façon dont il prend forme, avec pesanteur, tension, équilibre, et sa faculté kinesthésique, j’aimais tout cela »
Il analyse le processus de la représentation avec les séries Blind Time Drawings de 1973 à 1991. Il s’agit de dessins réalisés à l’aveugle selon un programme préliminaire. Il confie à plusieurs personnes parmi les plus anodines qui soient, non-artistes, la tâche d’inscrire des traces, de leurs doigts enduits de graphite etc. sur papier ou sur une surface murale alors qu’ils ont les yeux bandés. Robert Morris brouille ensuite cette trace par des textes inscrits en marge qui introduisent un doute sur les stades successifs de l’œuvre. Il mesure ainsi l’écart perceptible entre l’intention du geste et son déroulement point par point.
Les années 80 voient Robert Morris composer des installations sur le thème de la mort, évoquant les désastres, les guerres, la destruction nucléaire.
En 1991, il réalise une quatrième série de dessins Blind Time, intitulée Drawing with Davidson. Dans la continuité de ses séries précédentes, ces dessins reprennent certaines formes identifiables de l’art mémorisées par l’artiste et réalisées comme toute la série les yeux fermés. On y retrouve des figures évocatrices, comme les deux croix noires avec des panaches de fumée qui rappellent le fameux accident d’avion de Joseph Beuys, ou le paysage d’empreintes de doigt qui évoque les peintures de la montagne Sainte-Victoire de Cézanne.

Giulio Paolini

Melancolia ermetica, 1983
moulage en plâtre, papier, socle en bois
Né en 1940 à Gênes, Italie. Il vit et travaille à Turin. Sculpteur, photographe, dessinateur, il fait partie du mouvement de l’Arte Povera, et expose en 1967 lors de l’exposition fondatrice « Arte Povera in spazio » à la galerie La Betersca organisée par Germano Celant. Pour ces artistes, il s’agit, à travers le processus de création, de donner à l’homme la possibilité d’ouvrir son imaginaire, son sens critique, de stimuler sa capacité d’analyse pour résister à l’emprise de la société technologique. Confrontés aux événements de mai 1968, les artistes vont agir sur le terrain de l’éphémère et du subversif, refusant un temps l’objet stable et figé, multipliant les actions et interventions. L’incertitude, l’expérimentation suscitent des propositions éphémères.
On trouve donc dans les œuvres des composantes venues du monde naturel et biologique, des matériaux appartenant au monde de la technique, des produits manufacturés industriels tels que le néon, la lumière électrique, l’acier inoxydable, le polyuréthane, etc.

Haim Steinbach

Yo., 2004
lettres adhésives
Né en 1944 à Rehovot, en Israël, il habite aux Etats-Unis depuis 1962. Il fait des études au Pratt Insitute puis à l’université de Yale à New York. Il vit et travaille à Brooklyn.
Dans les années 70, il réalise des scultpures monumentales pour présenter des objets liés à la nature, à l’art ou à l’ethnographie. Dans les structures de bois qu’il confectionne, il oppose des objets utilitaires à des reproductions d’œuvres telles qu’on peut les trouver dans les boutiques de musées. Il rejoue l’idée du ready-made dans une critique de la valeur de l’art. Il affirme qu’il n’y a aucune différence fondamentale de hiérarchie entre les catégories d’objets et que toute chose, quelque soit sa nature, peut générer le même intérêt et le même désir. A partir de 1984, il rejoint un groupe d’artistes appelés Neo-géos en référence à l’aspect mécanique et géométrique de leurs oeuvres, par lesquelles ils s’opposent aux mouvements picturaux figuratifs et expressionnistes du début des années 80. Il participe à de nombreuses expositions collectives comme Art et publicité au Centre Georges Pompidou en 1990, à la Documenta de Cassel en 1992, à la Biennale de Venise en 1993 et 1997, et à la Biennale de Lyon en 2000.

Niele Toroni

empreintes de pinceaux n°50, 2004
Né en 1937 à Muralto-Locarno en Italie, il vit et travaille à Paris.
A la fin de ses études à l’Ecole normale, il enseigne et consacre ses loisirs à la peinture.
En 1959, il décide de s’installer à Paris pour intégrer un univers d’artistes plasticiens qu’il pense lui convenir désormais. Il fonde le groupe B.M.P.T en compagnie de Buren, Mosset et Parmentier et commence à exposer en 1967 (Musée d’Art moderne, Salon Jeune Peinture, Paris). Le groupe lui-même n’a qu’une durée de vie très courte. Michel Parmentier dit que déjà, le 6 décembre 1967, B.M.P.T. n’existe plus. Chacun poursuit désormais indépendamment son chemin.
Niele Toroni fait partie de ces artistes qui parlent peu d’eux-mêmes et de leurs œuvres : son identité est repérable immédiatement aux « empreintes de pinceau n° 50 répétées à intervalles réguliers de 30 cm » sur toile, sur bois, sur papier ou sur mur. Il crée ainsi des atmosphères subtiles vouées à la disparition dès que l’exposition arrive à sa fin. Toroni se refuse à commenter son œuvre, estimant que le seul fait de poser la peinture d’un geste du pinceau sur la toile se suffit à lui-même. C’est pour lui une manière de revenir aux fondements de la peinture, à l’impression première de la trace sur le support, origine essentielle de la représentation.

David Tremlett

Yo., 2004
lettres adhésives
Né à St. Austell, en Grande Bretagne en 1945. Il vit et travaille à Bovingdon, Hertshire, en Angleterre. Il fréquente le Royal College of Art de Londres et appartient à cette génération d’artistes, comme Richard Long et Hamish Fulton qui ne se limitent pas à un seul mode d’expression mais qui tentent des expériences multiples. Tremlett a une prédilection pour les pastels monumentaux et pour le dessin, mais il se complait aussi à la photographie et à l’enregistrement des sons variés rapportés de ses nombreux voyages. De Mexico à Zanzibar, en passant par l’Afrique, il rapporte des formes, il collecte des pictogrammes dont on retrouve les applications flottantes au pastel à la surface des murs. Il y a entre ses Wall Drawings et l’artiste une relation charnelle. Appliqué à main nue, le pastel, matériau insinuant susceptible de tant de souplesse, « masse les murs ». L’implication nécessaire du geste, du corps dans la réalisation de l’œuvre, est présente dans la trace résultante, même si les œuvres elles-mêmes ont la particularité de l’éphémère.

Bernar Venet

La ligne droite – Sa trace, 1995-2004
barre acier, câble, peinture noire, acrylique sur mur peint
Il vit et travaille à New York et dans le Var (France).
Né en 1941 à Château-Arnoux-Saint-Auban dans les Alpes de Haute Provence, il effectue des études d’art à Nice à la fin des années 50. En 1963, il montre des toiles noires de goudron, parce que « le noir c’est le rejet de la communication facile ». Sa notoriété débute avec la réalisation d’une sculpture composée d’un tas de charbon de 10 m3 à même le sol. Sa faculté d’abstraction intellectuelle et son goût pour le raisonnement mathématique et l’expérimentation le conduisent à ce qui sera bientôt l’Art conceptuel. En 1966, il s’installe à New York. Les mathématiques et les sciences pures lui sont une source récurrente. De 1971 à 1976, il marque une pause dans ses recherches, revient en France où il enseigne et écrit.
Après ces six ans de réflexion, il réintègre son atelier en 1976. La ligne, sous toutes ses variantes mathématiques et ses manifestations physiques, prend une place prépondérante dans son travail. Des toiles et des dessins au pastel il passe rapidement à la sculpture. En 1983, il met en place la structure de base de « ses lignes indéterminées ». Il les réalise en acier corten et les installe dans de nombreux espaces urbains, jardins et parcs, partout au monde, notamment, à Nice, Paris, Berlin, Tokyo, Strasbourg, Pékin, Epinal, Austin.
En 2001, il reprend un ancien projet qu’il n’avait pu faire aboutir : l’autoportrait, très éloigné de la perception subjective des artistes à laquelle nous sommes habitués, résultat d’une analyse scientifique approfondie, la tomodensitométrie. De même il réactive une série de peintures sur toile des années 60, en choisissant comme alors des motifs puisés dans les livres de mathématiques, mais avec une plus grande originalité formelle. Quant aux « Saturations », il superpose sur toile ou sur mur plusieurs équations jusqu’à brouiller définitivement leur lecture.

Lawrence Weiner

Offering no Resistance ( Suivre le mouvement), 2004
lettres adhésives
Il est né en 1940 dans le Bronx, New York. Il vit et travaille à New York.
Il fait ses études à la Stuyvesant High School de New York. En 1962, il présente sa première exposition avec The stone on the Table dans son atelier. Puis il voyage à travers l’Europe tout en participant à des expositions. En 1964, il rencontre le galeriste Seth Siegelaub à Provincetown dans le Massachusetts et présente à New York dans sa galerie sa première exposition personnelle. Sa fille Kirsten naît en 1969. En 1969 aussi, il participe à l’exposition collective : When Attitudes become Forms, organisée par Harald Szeemann au Kunsthalle de Berne, puis au Museum Haus Lange de Krefeld, enfin à l’Institute of Contemporary Art de Londres. Enfin, c’est la date à laquelle il décide d’exclure de son travail la peinture au sens strict du terme. Il s’installe à Amsterdam en même temps qu’il réside à New York et commence des recherches centrées sur la linguistique et les disparités de translation d’une langue à l’autre. Il traduit ses préoccupations dans l’utilisation de mots et de phrases inscrits au pochoir sur des murs d’exposition en utilisant un procédé particulier : une phrase est donnée dans sa langue d’origine, l’anglais, puis sa traduction dans la langue du pays exposant est placée immédiatement au-dessous et dans une couleur différente. C’est dans l’écart de sens entre les deux propositions que se situe le concept de son observation.

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