INTRA-MUROS
26 juin 2004 - 02 janvier 2005

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DOSSIER DE PRESSE

La dynamique qui nous a conduit à mettre en exergue le thème du «Mur» fait écho à une observation qui dépasse le strict niveau esthétique. La construction de l’Europe s’élabore peu à peu, faisant apparaître des contradictions inhérentes à ces notions subtiles de frontières réelles, imaginaires, fluctuantes, que la géopolitique induit. Il est étonnant qu’à l’heure des mutations vers la constitution de fédérations, voire même vers le phénomène de mondialisation, on érige à nouveau un mur en Israël, alors que le monde occidental a vivement salué, dans un beau consensus, la destruction du mur de Berlin en novembre 1989. Pourquoi la structure physique ou intellectuelle du mur est-elle si indispensable à notre fonctionnement social et à notre mental ? Depuis l’aube des temps historiques, l’homme a manifesté intuitivement le besoin fondamental de se structurer au sein de limites, matérialisées par des cloisons, des murailles, des enceintes, des frontières, dont il a ensuite investi les surfaces par des signes identitaires. La peinture est née de ces imprégnations / empreintes.

Le musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice propose du 26 juin au 14 novembre 2004 une exposition thématique ambitieuse : Intra-muros. C’est une transposition contemporaine d’un processus né il y a plusieurs dizaines de milliers d’années, qui conserve encore tout son sens et sa place sur la scène artistique contemporaine.

L’appropriation des surfaces murales à l’intérieur d’un lieu, comme dans le domaine urbain, a de tous temps interrogé les artistes au point que nous évoluons quotidiennement au milieu des nombreuses traces de ce phénomène. Aussi loin qu’on se projette dans le passé, cette imprégnation correspond à un acte essentiel où se rejoignent le mode d’expression spécifique de l’artiste et un besoin fondamental ressenti par le regardeur. On peut citer quelques réalisations notoires permanentes au Château d’Oiron dans le Poitou, au Castello di Rivoli près de Turin, au musée des Beaux arts d’Amiens (peinture murale de Sol LeWitt), au musée d’Art contemporain de Lyon (texte oblitéré de Joseph Kosuth), au foyer de l’Opéra de Gelsenkirchen dans la Ruhr (murs d’éponges bleues d’ Yves Klein) etc.

L’œuvre artistique ne se suffit pas à elle-même. Les images ont deux manières de captiver l’attention et de provoquer une émotion : par ce qu’elles contiennent de beauté et par ce qu’elles conservent de pensée. L’histoire de la peinture murale ouvre un grand nombre de pistes de recherches aux analystes dont l’exposition Intra-muros pourrait être une réponse contemporaine.

Nous avons souhaité donner à vingt artistes contemporains, parmi les plus importants au plan international, l’opportunité d’ inscrire une œuvre sur une surface dans les salles du musée et nous avons pressenti les acteurs suivants :
Giovanni Anselmo, John Armleder, Robert Barry, Jean-Charles Blais, Mel Bochner, Daniel Buren, Tony Cragg, Damien Hirst, Joseph Kosuth, Jannis Kounellis, Sol LeWitt, Richard Long, François Morellet, Robert Morris, Giulio Paolini, Haim Steinbach, Niele Toroni, David Tremlett, Bernar Venet, Lawrence Weiner.

Ce choix est induit par le fait que chacun de ces artistes s’est, depuis plusieurs années, illustré dans la problématique du mur en tant qu’ objet de création et non en tant que support technique et utilitaire de l’œuvre. On peut constater aussi que la plupart d’entre eux sont actifs lors de l’édification du mur de Berlin les 12- 13 août 1961. Nul doute que ce phénomène ait eu une répercussion consciente ou inconsciente dans le champ artistique. En adéquation avec les orientations du programme scientifique du musée, nous nous sommes attachés à faire apparaître l’exploration des recherches formelles identifiables comme une suite des mouvements d’avant-garde des années soixante et soixante-dix, essentiellement en ce qui concerne l’art conceptuel, le minimalisme américain et l’ Arte Povera. Dans cette dynamique, nous avons choisi de ne pas aborder la figuration.
La gageure consiste à établir une cohérence, salle par salle, dans la présentation des œuvres réalisées in situ. Cette notion de l’in-situ, qui interroge nombre d’artistes contemporains, met en perspective l’adéquation de l’œuvre au lieu comme condition nécessaire de l’acte créatif.

Les vingt artistes ont relevé le défi des contraintes imposées par le projet : une contrainte technique qui consiste pour l’artiste à travailler en deux dimensions exclusivement ; la notion de travail éphémère, puisqu’il est convenu que les œuvres réalisées in situ devront céder leur place aux expositions temporaires à venir ; la nécessaire monumentalité de l’œuvre ; l’obligation d’un dialogue entre des artistes présentés dans un même lieu, par le biais de travaux répondant à des modes opératoires souvent très différents.

Des thématiques se révèlent à l’analyse : l’appropriation de la surface murale dans un certain respect de la tradition apparentée à la fresque (Armleder, LeWitt, Tremlett) ; l’usage des signes constituant les langages de l’art contemporain par l’inscription de textes, de slogans proches de la publicité, de graphismes géométriques (Kosuth, Steinbach, Weiner) ; l’interrogation sur les limites du champ pictural (Steinbach, Barry) ; la notion d’empreinte, de trace, et par extension le rapport au corps (Long, Toroni, Kounellis ou Morris) ; l’interrogation de la notion de représentation (Paolini) ; l’art comme proposition mentale (Anselmo, Kosuth) ; l’interprétation de la lumière (Morellet, Blais).

L’exposition proposée ouvre un champ d’investigation qui n’a été abordé que rarement au plan international, notamment au Jewish Museum de New York en 1970.

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