Assan Smati, Vincent Ganivet, Sarah Sze

05 février-05 juin 2011

 

Le Mamac présente trois expositions monographiques consacrées à de jeunes artistes venant d’horizons différents (Berlin - Paris - New York). Le premier, Assan Smati, produit une œuvre figurative empreinte de références artistiques allant de l’art primitif et classique, à Baselitz et Bacon. Attaché au travail en atelier, Assan Smati pratique un art où le savoir-faire, l’histoire de l’art et son ressenti sont étroitement imbriqués. A l’image des constructeurs des édifices gothiques, Vincent Ganivet expérimente la mise en tension et l’assemblage de matériaux de construction. L’étude et l’expérimentation des charges, des poids et des contrepoids lui permettent d’obtenir une grande diversité d’arcatures défiant les lois de la gravité. Sarah Sze, enfin, présentera une installation aérienne et foisonnante à partir de matériaux de récupération et de déchets domestiques (bouteilles en plastique, briques de lait…) constituant une sorte de base spatiale ou expérimentale, une maquette d’architecture futuriste.

Sarah Sze


The Uncountables (Encyclopedia), 2010 .
Techniques mixtes, étagères en métal et en bois,lampes de bureau, bouteilles en plastique, briques de lait - 454.7 x 1389.4 x 1242.1 cm
Vue de l'installation à la Tanya Bonakdar Gallery à New York, 2010 -
© Sarah Sze - crédits photographiques : Tom Powel Imaging

Les installations de Sarah Sze défient les lois de la pesanteur, flottent nonchalamment dans l’espace d’exposition, s’accaparent la tridimensionnalité. Ce désir de conquête, d’envahissement, d’imprégnation spatiale rappelle la formation des galaxies, des constellations, du cosmos ramené à l’échelle humaine. Cet univers tentaculaire nous laisse penser que nous sommes dans une sorte de base spatiale ou expérimentale. L’envie d’y pénétrer, de s’y laisser englober est implacable. Les œuvres de Sarah Sze ne se regardent pas, elles s’expérimentent, elles s’explorent, impliquant l’engagement du corps du spectateur. Ce monde à la fois macrocosmique et microcosmique établit une dialectique entre le détail et l’ensemble, l’infiniment grand et l’infiniment petit sur le principe des poupées russes, comme si chaque élément en comportait inlassablement un autre.

Pour découvrir ces micros-mondes, il faut s’en approcher à la manière d’un chineur dans un vide-grenier labyrinthique. Fait de petites choses, ce monde n’est pas constitué d’éléments technologiques, bien au contraire, il est fait d’objets extraits de la vie quotidienne. Que voit-on ? Des ampoules ; des bouts de papier, de tissu ou de scotch ; des récipients, des pots en plastique, des seaux, des bouteilles d’eau, des briques de lait, de la vaisselle ; des outils ; des pierres ; un transat… tout un tas d’objets réinvestis. A la manière des Nouveaux Réalistes, Sarah Sze s’approprie les articles de notre société de consommation. Empilés, collés, assemblés, réorganisés dans une logique naturaliste qui nous échappe et nous déstabilise, ces objets manufacturés prennent une nouvelle dimension. Détournés de leur fonction, ils se muent en une architecture fragile et nomade faite de constructions d’une extrême légèreté. Ensembles, ils érigent des étagères, des échafaudages, des constructions, des axes de circulation, de parcours, soutenus par un réseau de fils et de câbles métalliques. Ils se réfèrent à l’urbanisation croissante, mais aussi à l’organique, au végétal. Certaines installations prolifèrent par le sol de manière orthogonale à l’image du territoire architectural quand d’autres propositions sont en lévitation et évoquent davantage la nature ou le cosmos. La forme spiralée, celle du nid et des branchages, sont omniprésentes. Ludiques et colorées, ces constructions nous renvoient au monde de l’enfance. A partir de la réorganisation d’objets hétéroclites, chaotiques et négligés, Sarah Sze nous laisse penser la possible création d’un autre monde.

Par définition, les installations de Sarah Sze se meuvent dans le temps et dans l’espace. Chaque présentation les réactive, les modifie. The Uncountables (Encyclopedia), installation spécialement conçue pour la Tanya Bonakdar Gallery, sera présentée au premier étage du Mamac de Nice aux côtés de deux autres expositions personnelles consacrées à Vincent Ganivet et à Assan Smati. Cette réitération ne manquera pas de mettre en lumière l’œuvre de cette jeune artiste américaine.

Biographie