Le musée accueille le sculpteur britannique Barry Flanagan. Né en 1941 au Pays de Galles, élève dAnthony Caro à la Saint Martins School of Art de Londres, Barry Flanagan se distingue par ses très libres déclinaisons de la sculpture classique, illustrées notamment par ses lièvres, éléphants et chevaux en bronze.
Adepte dAlfred Jarry et de la Pataphysique depuis 1964, Barry Flanagan a recours à labsurde et sinscrit dans la performance expérimentale.
97 uvres seront présentées au Mamac, bronzes du début des années 80 jusquà nos jours, et dessins, réalisés depuis 1966, révélant cet univers singulier.
Un volet particulier constitué par une sélection de gravures de lartiste, sera montrée dans lespace dexposition de la Bibliothèque Louis Nucéra (Bibliothèque municipale à vocation régionale) inaugurée en juin dernier, instaurant à cette occasion une collaboration entre les deux institutions.
Lexposition bénéficie de laide du British Council, Paris.
RENSEIGNEMENTS :
Presse : Mairie de Nice, Direction de la Communication, Martine RUDIN, attachée de presse,
tél : 04 97 13 34 98 ; fax 04 93 80 70 87
Musée dArt moderne et dArt contemporain, place Yves Klein :
tél. : 04 93 62 61 62 / fax : 04 93 13 09 01, mamac@ville-nice.fr mamac-nice.org
Bibliothèque Louis Nucéra, place Yves Klein : tel 04 97 13 48 00
Dun point de vue thématique, le lièvre est un modèle de ressources expressives [
] la projection dattributs humains dans lunivers animal est un procédé très courant dans la littérature, le cinéma etc et il peut toucher vraiment les gens. Au niveau pratique, si on pense à ce qui permet de faire sentir la situation et de signifier quelque chose dans une représentation humaine, la gamme des expressions est en fait plus limitée que lorsquon projette sur un animal, en particulier un lièvre, les attributs expressifs dun être humain. Les oreilles, par exemple, peuvent en dire beaucoup plus long que les yeux dun personnage qui louche ou la grimace dun modèle.
Barry Flanagan
Lexposition du Mamac, consacrée à Barry Flanagan, privilégie dans le travail de lartiste gallois les bronzes des années 80 et 90 et une large sélection duvres sur papier. Louverture récente de la Bibliothèque Municipale à Vocation Régionale dans le même espace géographique que le musée donne loccasion dun premier partenariat et dy présenter luvre gravé du sculpteur.
Barry Flanagan a exploré le champ de la sculpture pratiquement dans sa totalité et il nest guère de matière à laquelle il ne se soit confronté. Après avoir traité du bois, des étoffes, des cordes, du sable, de la pierre et dautres éléments propices à traduire les interrogations formelles des années 70, il choisit en 1979 den venir au bronze, trouvant dans ce matériau noble entre tous une possibilité de prouver que tout nétait pas dit et quil pouvait encore façonner une nouvelle histoire.
Désormais, Barry Flanagan dans un retour à la figuration, choisit un bestiaire de référence au sein duquel il fait évoluer le lièvre, lui attribuant des attitudes humaines non sans rapport avec quelques incunables de la sculpture. Grand admirateur de maîtres du mouvement et de la ligne, féru de danse, Barry Flanagan rend hommage au grand danseur russe Nijinski ( Nijinski Hare, 1996, Small Nijinski on Anvil Point, 2001, font référence aux séances de pose de Nijinski dans latelier de Rodin ; la série de The Thinker répète la citation explicite à lillustre prédécesseur) ; Flanagan maîtrise le rendu du mouvement et de la vie jusque dans ses frémissements. Il préfère lexpressivité de lébauche, la palpitation induite par une manière de modeler presque hâtivement la glaise (Shaman, 1984, Horse, 1984), la fraîcheur de lesquisse. Flanagan tient le pari de condenser dans une silhouette dégingandée et dansante tout un potentiel poétique. Les masses sont étirées hors du vraisemblable, les coups de pouce et traces de modelage demeurent apparents, privilégiant lélan de lattitude à la perfection formelle et au fini classique.
Au fond, sil est vrai quil sest approprié le thème du lièvre « et après avoir vu le lièvre, lors des dernières grandes neiges, bondissant tranquillement dest en ouest sur les Sussex Downs », cest surtout laspect burlesque de lanimal qui la tenté. Sa morphologie se prête tout particulièrement aux effets de déformation notamment ses appendices auriculaires, pour tout dire ses longues oreilles que le sculpteur oriente en tous sens avec un plaisir évident et beaucoup de malice. Mettons à part le symbolisme du lièvre et sa permanence dans la mythologie grecque (Lagothôos), dans les fables dEsope ou de Phèdre, dans celles de La Fontaine, voire même chez Lewis Caroll ou dans la symbolique chinoise, les avatars du lièvre sont naturellement en eux-mêmes porteurs dhumour. Les fabliaux du Moyen Age et plus près de nous, Peines de cur dune chatte anglaise, mettent en scène des animaux grimés en personnes, pour tracer les contours dune comédie humaine plus ou moins grinçante. Si un particularisme sattache à lesprit anglo-saxon et de fait, caractérise Barry Flanagan, cest sans aucun doute lattrait pour lexcentricité, lhumour décalé, le non-conformisme. En filigrane, à fleur dépiderme, transparaît la raillerie. Il néchappe pas à cette caractéristique, nous dirions, à cette qualité première, à cette élégance typique qui le met à son tour à distance.
Gilbert Perlein, septembre 2002
Un catalogue français anglais est édité à loccasion de cette exposition :
Barry FLANAGAN, Gilbert PERLEIN, Hans-Jürgen SCHWALM, Barry Flanagan, sculpture et dessin Sculpture and Drawing, 144 p., ill., couv. ill., 32 x 23 cm. Editions Kerber, Bielefeld, 2002
Commissariat de lexposition :
Gilbert Perlein, conservateur en chef du patrimoine, directeur du Mamac
assisté de Sylvie Lecat, attachée de conservation du patrimoine