WIM DELVOYE
Dessins & Maquettes

13 février - 23 mai 2010



“Gastropod ” - 2009
Visualisation d’une proposition de sculpture
Coll. privée
© ADAGP, Paris, 2010


  catalogue


Vernissage le vendredi 12 février 2010 à 18h30 en présence de l'artiste

Faisant suite à l’exposition A la Recherche d’Utopia de Jan Fabre en 2003, le Mamac propose une autre facette de l’art contemporain belge à travers l’œuvre surprenante de Wim Delvoye. La Belgique s’est toujours tenue à la fois en marge et au centre de la scène artistique internationale. En marge, par son originalité et son inventivité débridée ; au centre par sa force novatrice et avant-gardiste. Nombre de ses artistes sont à la fois emblématiques et atypiques : Jérôme Bosch, Pieter Bruegel, James Ensor, Félicien Rops, René Magritte, Jacques Lizène, Marcel Broodthaers pour ne citer qu’eux.

A l’heure de la mondialisation, Delvoye revendique ses origines, véritables sources d’inspiration dans son travail. On retrouve chez lui ce goût pour le détournement et le renversement des valeurs, cher aux artistes flamands. A travers cette question de l’identité territoriale, Wim Delvoye aborde des sujets englobant l’ensemble de notre société consumériste.

Intitulée Dessins & Maquettes, l’exposition regroupe trois thématiques intrinsèquement liées dont les œuvres, à quelques exceptions près, proviennent de l’atelier de l’artiste situé à Gand. Les cochons tatoués, les maquettes gothiques et les torsions elliptiques du Christ en croix restituent le cheminement de l’artiste. Chaque série porte en germe le travail ultérieur sans qu’aucune d’elles ne soit achevée. Se répondant les unes aux autres, toutes confrontent l’art, la religion, les symboles socioculturels et l'industrie capitaliste de manière insolite. Avec les dessins préparatoires exécutés aux crayons de couleur, les objets finis ou en devenir décrivent le début et la fin du processus artistique de l’origine du projet à sa réalisation. Ensemble, ils font de son travail une œuvre en constante gestation.

Vue exposition Wim Delvoye 2009 - MAMAC NICE
Vue exposition Wim Delvoye 2009 - MAMAC NICE
Vue exposition Wim Delvoye 2009 - MAMAC NICE

Chapel (Scale Model), 2007
Acier corten, vitraux,
363 x 328 x 199 cm,
© ADAGP, Paris, 2010

Dessin préparatoire pour tatouage,2006
Techniques mixtes,
62,4 x 44 cm,
© ADAGP, Paris, 2010

D11 Bulldozer (scale model 1 :4), 2008
Lasercut stainless steel,
275 x 150 x 160 cm,
Coll. privée, © ADAGP, Paris, 2010

[...]

L'œuvre toute entière de Wim Delvoye est imprégnée de culture catholique. Cette thématique traverse l'ensemble de son travail. Elle en est la source et la cible. Wim Delvoye met en scène nos tabous et les interdits religieux ; non pour choquer mais pour révéler leurs paradoxes. Il ne faudrait pas voir dans le travail provocateur de Wim Delvoye un acte ironique de profanation, pas plus qu'une restauration du spirituel, mais bien une volonté de saisir les contradictions de notre société. Elle en reprend le langage, la confronte au poids effectif des traditions, fait apparaître des survivances. Delvoye intensifie les marques socioculturelles de manière à susciter en nous des réactions. Porcs tatoués, engins de chantier ou nautiles élevés au rang d'édifices gothiques, cathédrales métalliques à l'imagerie subversive, crucifix torsadés interrogent notre rapport au corps et aux symboles. Par ces détournements, Wim Delvoye renverse l'ordre établi, délocalise les valeurs de notre société de manière grivoise et décomplexé. Bien loin d'une vision pessimiste, Wim Delvoye rejoue les postures de notre société, révèle ses inepties.

L'artiste met en place un véritable processus de germination. Il fait cohabiter des images antagonistes fortement connotées jusqu'à ce qu'elles fusionnent et donnent naissance à une ouvre d'art syncrétique. L'artiste assimile des valeurs contradictoires issues de sa Flandre natale et des pays qu'il côtoie. La magie opère quand le sacré se mêle au profane, le spirituel au matériel, le culturel au naturel jusqu'à ne former plus qu'un. Ces germinations forment un nouveau symbole autonome, une nouvelle entité dont les influences s'entremêlent jusqu'à devenir indiscernables. N'est-ce pas l'un des paradigmes de l'art que de transcender la réalité en une ouvre nouvelle et originale ? La force de l'ouvre de Wim Delvoye réside incontestablement dans cette capacité d'absorption et de mutation latente.


Gilbert Perlein , Rébecca François, extrait du texte du catalogue de l'exposition Wim Delvoye, Skira, Flammarion, 2010

Communiqué

Dans une ferme située en Chine près de Pékin, Wim Delvoye élève des cochons tatoués sous l’œil bienveillant de vétérinaires. Sauvés de l’industrie agro-alimentaire, les porcelets sont anesthésiés pour être tatoués. De leur vivant, les bêtes sont choyées, traitées comme des stars, libres de leur mouvement et filmées en continu. Une fois mortes, elles sont naturalisées.

Bien que la démarche de l’artiste puisse être perçue comme dérangeante voire provocatrice , elle sert néanmoins à poser le débat sur la question de l’exploitation animale. La notion d’élevage industriel est abordée sans hypocrisie à la fois dans sa banalité et son aspect mortifère jusqu’à l’exploitation du produit. En effet, Wim Delvoye ne fait que reproduire à son échelle le processus économique de production pour la consommation. L’exposition du Mamac présente une image apaisée et sereine de l’animal loin du fétichisme habituel des collectionneurs de trophées ; bien au contraire les cochons sont présentés dans leur intégrité physique et leur identité originelle. Le musée propose sept cochons tatoués et naturalisés en regard des dessins préparatoires.

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