| L'Arte Povera
LArte povera, cette explosion artistique existentielle, anarcho-utopique dans lItalie des années 60
nétait pas seulement une nouvelle éthique, très politique, mais aussi une nouvelle énergie qui faisait siennes les intentions intenses de lexistence et donc de la réalité des éléments et des produits de lhomme.
Harald Szeeman : Quand les attitudes prennent forme
), 1969.
Une uvre de lArte povera nexiste que dans la contemporanéité déterminante entre luvre, lartiste, le spectateur, le lieu, etc.
Denys Zacharopoulos: Flash Art, Milan, été 1984).
Les débuts de lArte Povera, mouvement artistique italien, remontent à 1967 ; lapparition de ce mouvement en Italie correspond à un phénomène international plus vaste, qui se manifeste dans des expériences telles que celles du Land Art , de l Antiform ou de lArt conceptuel. En Italie, ces recherches ont eu pour centres principaux Turin avec des artistes comme Mario Merz, Gilberto Zorio, Alighiero Boetti et Rome, avec Pino Pascali et Jannis Kounellis.
La dénomination dArte Povera est due au critique Germano Celant qui, à loccasion de lapparition des uvre des artistes cités a mis en évidence quelques composantes communes de leurs recherches. La définition théorique du mouvement se précise peu à peu grâce aux articles de quelques critiques (R. Barilli, L. Lippard), et surtout grâce aux écrits de Germano Celant, défenseur de ce mouvement. Mais les recherches de lArte Povera ont été divulguées principalement par une série dexpositions, qui furent autant de mises au point dune tendance difficile à classer : la IIIè Biennale de Bologne(1970), lArte Povera, Lart conceptuel, le Land Art à la GAM de Turin (1970).
LArte Povera entend aller bien au-delà de lart des années 60, dépasser en particulier le PopArt et l Op Art, et se rattacher à certaines composantes culturelles des années antérieures, et plus précisément aux tendances néo-dadaïstes américaines, au Nouveau-réalisme franco-européen et à luvre dAlberto Burri et de Piero Manzoni en Italie. Le moyen de soustraire luvre à la catégorie des biens de consommation doit être cherché dans la création de travaux de durée éphémère ou liés à des matières difficilement récupérables . Le caractère élémentaire de certains matériaux, choisis en raison même de leur pauvreté et lactivité de genre artisanal exercée par lartiste dans la réalisation de ses compositions sont une des solutions aux exigences fondamentales de lArt Pauvre. Cest de là que naissent des compositions comme les Copeaux (Trucioli) de Merz, ou lemploi de matériaux qui se modifient ou se transforment spontanément, sans intervention de lartiste, du fait même de leurs qualités physiques ou chimiques intrinsèques.
Laura Malvano, Maître de conférences, Université de Paris VIII. Encyclopédie Larousse.
Entretien de Daniel Soutif avec Germano Celant, Gênes, 13 septembre 1986 :
DS. Dans quel contexte lArte Povera est-il précisément né ?
GC. La date officielle de la présentation de lArte Povera est 1967, mais sa gestation remonte en réalité à une ou deux années avant. Cette rencontre entre les artistes et moi autour de 1965-66 est liée à un certain contexte culturel dominé, en ce qui concerne les arts plastiques, par le rejet du Pop Art ou plutôt par le dialogue avec lArt minimal à propos duquel les premières informations arrivèrent en 1966 à peu près.[
] La vraie référence, cétait un vrai dialogue Europe/Amérique basé sur un nouveau type de choses. Il sagissait donc dun rapport avec une Amérique très contemporaine.[
] Le Living Theater vint vivre en Italie et son attitude, tournée vers lexpérience vécue, la sensibilité et lémotivité, fit découvrir divers rapports au toucher, au mouvement, à l'action du corps propre.
La naissance de ce groupe dartistes en Italie doit être ainsi reliée à une série de coordonnées culturelles qui se développèrent vers le début des années soixante et furent dominées par le refus des limites closes de la toile, du théâtre, de la littérature
A cette même époque, apparaissent aussi en Italie Sanguinetti, les Novissimi , Arbasino, Pasolini, Umberto Eco qui publie Luvre ouverte en 1963
Naturellement, le terme povera a diverses connotations. Lune, évidemment, est politique. Il sagissait daller au-delà des limites sociales, au-delà des limites de classe
Dautre part, il y avait le côté matériel, lutilisation de ce quon trouve aboutissant à une culture ouverte à tous les langages.
DS. Votre rôle fut de donner son nom au mouvement et de lui fournir sa théorie. Quels sont les effets dune appellation de ce genre?
GC. De même que mettre un encadrement là où il ne devrait pas y en avoir, inventer un terme de ce genre est contradictoire. Les étiquettes sont terribles, les définitions deviennent odieuses au moment même où on les produit. [
] Linvention dun terme permet de coaguler toutes les forces et ma fonction a donc été de fournir une image à tous ces artistes. Cette image cependant, est négative par rapport à leurs individualités puisquen définitive, leur travail nest pas généralisable. Le terme Arteecco povera [
] avait été choisi précisément parce quil ne veut rien dire. Il était le plus ouvert possible.[
] De même quen présence dun fait à caractère de magma, on savait quil y avait un noyau, mais on ne réussissait pas à le pénétrer. [
] Aujourdhui, ce terme est devenu un terme historique.
DS. A propos dexpositions personnelles que vous avez organisées [
] pour des artistes tels que Pistoletto ou Kounellis, etc. vous avez déclaré que vous pensez devoir les organiser comme on le ferait pour une exposition de Raphaël ou de Michel-Ange. Quel est donc le rapport entre ces artistes et lart italien du passé, en particulier de cet autre grand moment de la création italienne que fut la Renaissance ?
GC. Cela tient à ma formation qui est celle dun historien de lart, le baroque, Panofsky, etc. Ma bataille a été daffirmer que lart contemporain a le même poids que lart historique. [
] Par ailleurs, il y a un rapport constant avec lhistoire dans tout lart européen. La chose qui nous a séduits vraiment dans les années soixante, était que les américains navaient aucun rapport avec lhistoire. Se retrouver ainsi seuls sur sa propre sensibilité, fut une grande découverte. Nous, nous portons toujours lhistoire avec nous systématiquement : il suffit daller dans le centre ville pour trouver ce rapport systématique avec lantique, la sculpture, avec tout ce bagage fou
Arrive une culture américaine qui na pas dhistoire, on se retrouve alors tout nu, et pourtant avec notre sensibilité riche de symbologie. Pensez à Kounellis, ou à la symbologie paysanne de Penone qui a deux mille ans. Lorsquon peut se la permettre et quon pense que la culture paysanne a une valeur historique, il nest plus nécessaire de passer par Raphaël
Cette étape est née de cette coupure anglo saxonne de labsence de lhistoire. [
] puisque cette réaction européenne de ces années soixante fut une récupération de lhistorien, mais de lhistoire entendue comme sensibilité, cest à dire comme quelque chose quon porte en soi à la manière dun arbre. Lhistoire ce sont nos racines mais pas nos racines intellectuelles ou iconographique, ce nest pas limage, cest la lymphe qui traverse nos branches. Les branches croissent, ne restent pas statiques. [
] Cest la mémoire, la mémoire personnelle qui est histoire. Donc tout ce quon trouve cité ainsi relève de moments de rêves de lhistoire et non pas de reprises maniéristes. Tel est le résultat de ce contact entre une culture historique et une culture anhistorique qui, en sunissant, ont créé la circularité totale de lOccident : de notre Est uni à lOuest des Etats-Unis est née une étincelle supérieure à ce pont représenté par cette sensibilité générale qui nappartient à personne
DS. Pourquoi, selon vous, lArte Povera se révèle-t-il ainsi encore intéressant aujourdhui ?
GC. Les données de la fin des années soixante ont ensuite explosé et les fragments ont pris chacun leur direction pour leur compte. Comme toujours dans les développements historiques, lorsque survient une explosion de ce genre, les fragments de sensibilité se dispersent dans toutes les directions : vers la nature, vers la technologie dailleurs lart vidéo est né peu après -, vers le livre, vers tous les instruments linguistiques. Ces potentialités sont aujourdhui canalisées. Domine le spécifique : les retours de la peinture sur la peinture, de la sculpture sur la sculpture, de la vidéo sur la vidéo, du cinéma sur le cinéma, etc. ne sont rien dautre que la réaction de coordonnées qui dabord étaient réunies.
L Arte Povera demeure intéressant parce quil reste un noyau de magma dans lequel toutes les sensibilités sont réunies. Ces artistes ne se sont pas laissés aller au hasard à faire de la peinture ou de la sculpture : il sagit pour eux dexplorer toutes les possibilités. [
] LArte Povera reste, lui, très présent parce que, comme un noyau dénergie, il a tout en lui sans être tellement spécifique et a donc le maximum de potentialités. Il est donc resté secret, magique. Au fond personne ne la vu. Il na pas voulu devenir spectaculaire tandis que, dans les années quatre-vingts, avec le retour du tableau ou de certains éléments super-théâtraux le spectaculaire est devenu dominant. Tout cela na jamais existé dans lArte Povera qui est, du coup, doué dune grande capacité dinfiltration, analogue à celle dun virus qui, une fois inoculé, se distribue de façon énergétique et demeure. Cest une présence encore fraîche
LUCIANO FABRO : [
] lArte povera na jamais existé
Cest une terme qui réunit une génération de gens qui travaillaient dans une certaine période
La seule explication est sans doute celle-ci : le terme fonctionnait parce quune des particularités des travaux était celle de povera dans un sens métaphysique : extrêmement simple, quasi de spoglia (déshabillé).. ; le seul sens est celui de nudo
MICHELANGELO PISTOLETTO :
Je préfère parler de famille pauvre, car lorsque lon parle de famille, il sagit dune condition sociale et non pas d un résultat. Chacun de nous travaille avec une nécessité individuelle. Ceci étant, je continue à penser que jappartiens toujours à la famille pauvre, même si lon a tendance aujourdhui à voir lArte Povera adopté par la famille riche (les Etats-Unis).
ALIGHIERO BOETTI : Nous étions allés trop loin dans limportance accordée aux matériaux. A la fin, ils devenaient presque plus importants que le reste. Cétait devenu une affaire de droguistes. Voilà pourquoi, au printemps 1969, jai quitté latelier que javais à Turin qui nétait plus quun dépôt déternit, de ciment de pierres et autres. Je suis parti en laissant tout ça et jai recommencé à zéro avec un crayon et une feuille de papier quadrillé .
MARIO MERZ :
Larte povera est une formule à lusage de la critique et non pas des artistes. Cela étant, je ne la renie pas. Je laccepte et je la favorise. La marginalité totale dans laquelle sinscrivait notre travail me paraît importante. Nous étions comme les anabaptistes du XVIè siècle ou les premiers adeptes de Luther. Nous avions le même type de position radicales, avec tout ce que cela comportait dexigence et de remises en question face au contexte de lépoque.
PIER PAOLO CALZOLARI : faisant référence à des uvres de Pistoletto, Mario et Marina Merz, Fabro et Prini : Je voudrais donner à savoir que jaime la balle de papier, ligloo et les chaussures de fil, la fougère et les chants des grillons
Je voudrais donner à savoir que jaime ces choses horizontales comme affirmation dune certaine physiologie, mais plus encore celui qui les a employées per se, de telle sorte que je puisse my reconnaître.
LES ARTISTES :
Giovanni Anselmo
Alighiero e Boetti
Pier Paolo Calzolari
Luciano Fabro
Jannis Kounellis
Mario Merz
Marisa Merz
Giulio Paolini
Pino Pascali
Giuseppe Penone
Michelangelo Pistoletto
Gilberto Zorio
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