Dossier de presse

ARMAN, passage à l'acte
16 juin - 14 octobre 2001

dossier de presse
catalogue
retour

l’exposition
135 œuvres
 4 actions réalisées spécialement pour cette rétrospective

La rétrospective présentée durant l'été 2001 au musée d’Art moderne et d’Art contemporain met l'accent sur la dialectique créative d’Arman : d’une part l’accumulation d’objets de même nature, et d’autre part la fragmentation des objets.

La mise en espace met en évidence cette confrontation accumulations/disjonctions, opérées dans un premier temps sur des objets de récupération, puis sur des objets neufs, l’artiste se tournant à partir du milieu des années 60 vers les objets industriels dont il met en valeur l’aspect sériel.

L’exposition présente 135 œuvres de l’artiste, choisies parmi les premiers travaux sur papier, Cachets  et Allures d’objets  réalisés dès 1955, les Poubelles  et Accumulations, les Colères, Combustions et Coupes, jusqu’aux sculptures les plus récentes dans leurs formats monumentaux.

Les temps forts de l’exposition

Fleurs. Reconstitution d’une accumulation de portemanteaux telle celle ; réalisée avec des porte-chapeaux de l’hôtel Rhul à Nice, en1959.

Le Plein. Reconstitution de la vitrine-poubelle, réalisée en 1960 à la galerie Iris Clert à Paris (accumulation d’objets entassés par l’artiste jusqu’à saturation de l’espace).

Conscious Vandalism. Reconstitution et destruction d’un living-room. Geste réalisé pour l’exposition quelques jours avant son inauguration.

(Réédition de l’action réalisée en public le 5 avril 1975 à New York.)

La Tulipe. Explosion d’une Triumph Spitfire, réalisée et filmée le 29 mars 2001 pour l’exposition. (Réédition de White Orchid : explosion d’une MG blanche réalisée en 1963 à Essen). La voiture calcinée sera exposée.

commissariat de l’exposition 

 
Gilbert PERLEIN, Conservateur du musée d'Art moderne et d'Art contemporain, assisté de
Sylvie LECAT, Attachée de conservation                                                                                                          

arman, passage à l'acte

Texte de Gilbert Perlein
 
Au sein du trio fameux formé par Yves Klein, Arman et Martial Raysse, pilier fondateur de l’École de Nice, et composante vivace du Nouveau Réalisme européen, Arman s’identifie comme l’élément chthonien par excellence. Son œuvre s’ancre profondément dans la matière, une matière sans cesse interrogée, fouillée, disloquée, recomposée jusqu’à rendre ses moindres secrets. Il s’approprie le réel avec voracité, exsudant dans l’acte de créer toute la violence et la transgression vers lesquelles le porte l’obsession de l’objet.
 
Pourtant, il n’imaginait pas connaître un jour la renommée qui est la sienne aujourd’hui lorsqu’il jouait, enfant, dans la boutique de meubles de son père, rue Paul Déroulède à Nice. Plus tard, c’est avec Yves Klein qu’ils peignent en bleu le sous-sol du magasin paternel ; les tampons qui servent à inscrire sur les bordereaux comptables les dates et signes utilitaires, inspirent à Arman des compositions sur toile ou sur papier d’une belle harmonie : « … À peu près à la même époque, je suis allé à la sortie de la messe, un dimanche, avec un chevalet et des tampons et j’ai tamponné une toile. Tout le monde se demandait ce que je faisais ».[1]. Néanmoins, le simple geste de frapper le papier d’un coup de tampon dénote la production d’une force. Arman ne caresse pas le support du pinceau ou de la plume ; il le martèle.
 De même, il gifle la toile avec les divers objets trempés dans l’encre pour en imprimer les traces (Allure aux bretelles). C’est l’exact moment où s’articule le glissement de la trace à la présentation de l’objet lui-même sans médiation. Le mécanisme est alors immanquablement enclenché, et conduit Arman à sa définition personnelle de “ l’appropriation du Réel ”.
 
L’ensemble de l’œuvre est ponctué d’actions spectaculaires magistrales qui engendrent des phases fiévreuses de création et l’exploration fouillée de chaque équation.
 
En 1959, il installe Fleurs, une forêt de portemanteaux, première accumulation spectaculaire d’objets provenant de l’hôtel Ruhl, sur la Promenade des Anglais. Cette œuvre détruite fait l’objet d’une réédition pour l’exposition niçoise.
 
À Paris, où il réside en alternance avec Nice, le 25 octobre 1960, il investit la galerie Iris Clert en son entier de meubles et d’objets de rebut, gigantesque poubelle à l’échelle d’une architecture  ; le “ carton ” d’invitation est une boîte de conserve, contenant quelques mégots et autres tickets, et l’annonce de l’événement. [Deux jours après, le 27 octobre 1960, Arman signe le manifeste du Nouveau Réalisme au domicile d’Yves Klein]. Arman reprendra l’idée avec une variante, à Milan en 1970, à l’occasion du 10ème anniversaire du Nouveau Réalisme : … « De mon côté, j’ai organisé une distribution gratuite de déchets. Nous avons transporté en plein air une machine à emballer des bonbons et avons distribué, au fur et à mesure de mon action, les sachets étiquetés ordures d’Arman. Les gens se battaient, des femmes en fourrure se roulaient par terre pour ramasser ces poubelles de poche. C’était insensé… » [2]. À la galerie Carita, en 1972, ce sont les gens eux-mêmes, producteurs de déchets, qui apportent ceux de leur choix à l’artiste afin qu’il les mette en pot et qu’il les signe.
 
En 2001, Arman a souhaité réactiver le processus du Plein  de 1960 en recréant la façade de la galerie Iris Clert à l’entrée de l’exposition  Arman, Passage à l’acte  au musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice.

 
En 1961, Arman détruit une contrebasse, impasse Ronsin, à Paris, devant les caméras de la NBC : NBC Rage. À Nice, pour le premier Festival du Nouveau Réalisme, à l’Abbaye de Roseland le 13 juillet à 0h30, il fracasse plusieurs meubles et en assemble les débris épars sur un châssis. Il agira de même à plusieurs reprises lors de happenings notoires : il détruit un piano à la galerie Saqqârah à Gstaad (Chopin’s Waterloo, 1962 ) et un autre piano, sur le toit de son atelier du quartier de la Lanterne à Nice en 1965  ; fin mai 1963, Arman fait exploser une MG blanche à Essen, à la demande du producteur de films et collectionneur Charles Wilp (White Orchid). Dans une carrière de Vence, en avril 2001, Arman réitère le happening en faisant exploser une Triumph Spitfire devant les caméras de télévision (La Tulipe).
 
La résonance iconoclaste provocatrice de ses actions fascine au moins autant qu’elle choque ; il s’en servira comme prétexte à une action en faveur des Black Panthers : le jeudi 4 juin 1970, Reese Palley Gallery, à New York, il procède rituellement au sciage en deux parties de n’importe quel objet que lui apporte le public. Ces “ œuvres ” sont ensuite vendues afin que les Black Panthers aient la possibilité financière d’être défendues en justice, indépendamment du bien-fondé de leur démarche. Le carton d’invitation à l’événement porte une carte des Etats-Unis partagée en deux. Le geste prend alors valeur de symbole.
 
Arman manifeste une violence réelle à l’égard des objets qu’il choisit comme supports de création. Tout se passe comme s’il avait besoin viscéralement de brutaliser la matière pour lui faire rendre l’âme. Il la brise, il la disloque en la projetant sur un plan dur, l’explose en multiples fractions, puis laisse opérer la dispersion aléatoire des éléments sur le fond où ils sont fixés.
 
Il découpe le bronze des statuettes ou le bois des instruments en lanières puis les assemble dans le champ du tableau, reconstituant une forme proche de l’originelle, disposant l’objet torturé pour une plus grande splendeur. L’unité initiale est rompue en multiples éléments, l’organisation formelle est transformée mais aucune soustraction n’est opérée.
 
Il ira plus loin dans les Combustions  car s’il maîtrise la portée du flux igné, il ne peut qu’en limiter les effets. Ce qui est brûlé est soustrait à la masse. Ce qui est visible est une carcasse d’objet (Après le temps menaçant, 1965, The Day after, 1984).
 
Son appropriation de l’espace procède du même phénomène extensif : s’il compose d’abord ses accumulations dans un plan classique rectangulaire où le volume est de peu d’importance, il franchit très vite le passage à la troisième dimension en abordant les accumulations cubiques, les mises en volume monumentales (Long Term Parking, 1982).
 
Le choix des objets eux-mêmes n’est pas anodin. Si dans ses Accumulations  planes ou en volume, Arman emploie surtout des objets du quotidien, usagés ou neufs, manufacturés ou artisanaux, dans ses Colères ou ses Coupes, il privilégie des objets nobles : ce sont souvent des instruments de musique (violons, violoncelles, contrebasses, saxophones, métronomes, guitares, harpes), des statuettes de bronze (Vis à Vis, 1963 ou Vite, 1964), voire des voitures de sport qu’il prend comme champ de son exploration formelle. Même s’il s’en défend, et c’est peut-être là la part de l’inconscient, Arman choisit certains objets utilitaires caractérisés par leur fonction culturelle ou superflue. Dans les Accumulations , la violence faite aux objets est intellectuelle, négation de l’objet / unité au profit du grand nombre, produisant un effet superlatif par la multiplication. Dans les Colères  l’objet est magnifié malgré les distorsions imposées au matériau, malgré les transformations subies, par sa mise en exergue.
Arman n’en a pas terminé d’inventer de nouveaux modes d’archéologie patiente et subtile de l’objet.                                                            
Gilbert Perlein, Nice, avril 2001

dossier de presse
catalogue
retour