|
|
||
|
Galerie contemporaine
|
||
|
||
|
[…] Tout bouge, il n’y a pas d’immobilité…Résistez à la faiblesse apeurée d’arrêter le mouvement, de pétrifier les instants et de tuer le vivant, Arrêtez-vous de toujours réaffirmer des « valeurs » qui s’écroulent quand même. Soyez libre, vivez. Les objets de Margaret Michel sont dotés d’un ressort particulier - ils sont animés - loin de la stature hiératique des formes fixées dans le granit ou le marbre, loin de l’illusion perspective de l’oeuvre peinte, loin des frémissements de l’objet poussé par le vent, ils reflètent un monde contemporain où la conscience du temps qui passe prévaut désormais sur l’espace que réserve notre planète. L’atelier ressemble à un cabinet de curiosité, un lieu d’expérimentation ouvert librement à l’interrogation. Au milieu des œuvres de Margaret Michel, on se meut dans un espace que le savant a momentanément quitté, pour laisser le champ libre aux rencontres probables entre l’intuition de l’artiste et l’imaginaire du spectateur. Des objets sont présentés isolément ou en installations complexes qui nous racontent des bribes d’histoires. Le son est présent souvent, ajoutant une donnée au scénario en cours d’écriture. L’œil se distrait d’un détail puis est happé par le déclenchement d’un mouvement. Nombre de pièces sont animées par de fragiles mécanismes, de petits moteurs reliés par des fils ténus. Et même lorsque les objets ne bougent pas, la conscience de la mesure du temps est active, car il s’agit alors de la matérialisation d’un moment ; quelquefois ce moment semble remonter aux origines, notamment dans les œuvres qui enferment des insectes figés pour l’éternité (Talons Aiguilles). L’artiste s’appuie sur son potentiel propre à intégrer et à parodier les techniques scientifiques. Ses constructions sont aériennes, sensibles, et procèdent de cet art d’assemblage proche des œuvres de Rebecca Horn ou de certains Nouveaux réalistes. Elle utilise des objets de récupération, des engrenages, des roues, des pièces de machines à écrire… ou des animaux naturalisés. Manifest Destiny : un aigle impérial juché pour l’éternité sur une tige, domine une carte topographique. Les détails que nous avons la plus grande difficulté à déceler, l’aigle lui, les voit avec une acuité parfaite. En un raccourci spectaculaire, l’artiste télescope les notions de distance et de temps. De plus, la taxidermie subie par l’animal fige le processus inéluctable de la nature. Elle tend des fils ténus entre les objets et le mécanisme qui les anime, ou entre deux mécanismes ; d’un objet animé à son support, elle établit des relations en boucles, sans début ni fin. (Out of time). C’est une œuvre intuitive où se concentrent nos interrogations et nos doutes fondamentaux sur un devenir problématique et d’où paraît sourdre une seule conclusion : carpe diem. Gilbert PERLEIN |
||
|