Jean Dupuy
18 janvier - 25 mars 2007



Jean Dupuy dans son atelier, automne 2006, copyright MAMAC, 2006
Galerie contemporaine


Sagittaire, né un 22/11 et dont la flèche, après 81 ans, se dirige vers 00. Dupuy, de 7 à 20 ans fait de la peinture figurative. Après un an passé à l’école d’architecture des Beaux Arts de Paris, il reprend la peinture et découvre l’abstraction. Après une vingtaine d’années de peinturlure, insatisfait, il quitte Paris et s’installe à New York de 1967 à 1984.

1969 : Après une suite de coïncidences (« Le hasard me ressemble » dit-il) il fait une sculpture de poussière, une telle sculpture demandait à créer un milieu où un nombre de particules de poussière serait maintenu en mouvement dans un espace fermé et où, seule la partie éclairée par le rayon d’un projecteur serait nettement définie. Ainsi a-t-il eu l’idée d’utiliser :
1- comme moteur, les pulsations cardiaques d’une personne (à l’aide d’un stéthoscope électronique)
2- comme poussière, une matière organique très légère, le Lithol Rubin, densité 1,57, rouge sang et,
3- un rai de lumière dont la forme définit parfaitement (aucun autre médium que la lumière n’est possible pour réaliser une telle figure géométrique : un cône pyramide.
Le succès immédiat de Cône pyramide sous le titre de Heart Beats Dust (au MOMA, NYC 1968) dans l’exposition « Art &Technology » (Pontus Hulten) et à Brooklyn Museum au même moment (R Rauschenberg et B. Klüver), a orienté alors Dupuy dans des recherches qui vont montré aux observateurs, avec l’aide sans réserve de la galerie Sonnabend, quelques aspects invisibles du corps.

1971 : La guerre au Vietnam pousse un grand nombre d’américains et d’artistes à réagir ouvertement contre la politique menée par Nixon. Dupuy profite d’une opportunité pour dénoncer une industrie qui travaille pour la guerre et en plus qui pollue l’environnement. Invité à représenter Cummins Engine CO², première industrie américaine de moteur Diesel, dans une exposition où 16 artistes dont Warhol, Oldenburg, Rauschenberg, Serra, Smith, Whitman… participent en représentant chacun une industrie américaine (Imaginez les moyens qu’ils reçoivent !), Dupuy propose à Cummins de montrer, dans un moteur Diesel en état de marche, les 4 éléments naturels (Fire, Earth, Water, Air), il intitule l’œuvre : FEWA FUEL. L’élément Feu, pour la compagnie est un défi, d’ordre mécanique, qu’elle résout en 3 mois : montrer le feu, à partir de la chambre à combustion, cœur de moteur, dans un miroir placé à l’extérieur du moteur. De son côté Dupuy entend représenter l’élément Terre, en plaçant un globe en Pyrex à la sortie du tuyau d’échappement, dans lequel viennent s’accumuler les éléments brûlés du fuel. Cet aspect du projet échappe totalement (par quel miracle ?) à l’attention de toute la compagnie. Ce manque de discernement va coûter très cher à Cummins. Le lendemain du « vernissage », c’est un scandale dans la presse : « Voilà que Cummins dénonce la pollution de ses propres moteurs ! ». Cummins réagit en obligeant le musée à retirer, quelques jours plus tard, FEWA FUEL de l’exposition. En échange, on donne l’œuvre à Dupuy qui est, aujourd’hui, propriété du Frac Bourgogne qui l’a remise en état de marche (Exposition « Les coups » 2000)

1972 : L’exposition « 72/72 » à Paris, à côté de Cône pyramide et d’une pièce optique et sonore Aero-Air, présente un objet, Ear, qui permettait au visiteur, à l’aide d’un système de fibres optiques, de voir l’intérieur de son oreille. Ne perdurent, aujourd’hui, après un vol d’une partie coûteuse de l’installation, qu’un seul objet, inactif et la photographie grandeur nature de l’œuvre où l’on voit une spectatrice, à l’exposition 72, en train de regarder le fond de son oreille gauche. C’est la première fois, depuis lors, que cette œuvre est exposée dans sa version « mémoire », réactivée, du moins ranimée et accompagnée de deux textes anagrammatiques, après sa disparition. Elle appartient au fond National d’Art Contemporain.
Parmi une dizaine d’œuvres de ce type, citons, après Cône pyramide et Ear, NON NON, expérience qui provoque chez une observatrice une réaction inattendue de son nerf optique qui sème le trouble dans le cerveau, pendant quelques fractions de seconde.
Violet où l’observatrice perd la conscience de ses deux sens (goût et odorat), quand, ceux-ci, au cours de l’expérience sont contraints de se chevaucher. Etc.
Les moyens que Dupuy utilise sont les moteurs électriques, les fibres de verre, les lentilles, le stéthoscope électronique, les périscopes, une technologie élémentaire, simple et efficace, présentée dans des boîtes en bois, en plexiglas où même en carton. Tout est mis en place pour que chaque expérience soit claire, sans effet esthétique. L’aspect parfois « bout de ficelle » ne le gène pas.

1973 : Dupuy et Sonnabend se séparent. Il organise dans son loft (405 E 13th St.), son premier Group Show, par réaction contre le marché spéculatif de l’art. Banques, galeries, collectionneurs, musées s’installent à Wall Street. Cette exposition collective de 40 artistes n’offre rien à vendre, les œuvres sont anonymes, éphémères. L’exposition dure 8 jours, elle est nouvelle et se passe dans un loft sur un thème : « About 405 E 13th street » et fait l’objet d’une critique sur 4 pages dans Art Forum.
En 1973, il fait une découverte, avec 4 mots imprimés sur un crayon de marque « Vénus ». Il fait une anagramme : « American Unique Venus Red » <-> « Univers ardu en mécanique ». Cette équation de 22 lettres va, plus tard, changer sa vie. Son indépendance d’esprit et de comportement ne permettent pas de le rattacher à un mouvement artistique, bien qu’il ait très souvent participé aux activités de Fluxus, surtout par ses relations amicales à partir de 1976 avec Georges Maciunas. Maciunas avait fait de Soho un quartier d’artistes, où les lofts occupaient les espaces abandonnés des anciennes manufactures. Dupuy habite le workshop de Maciunas, parti en 1977 pour le Massachusetts. Son amitié avec Robert Filliou, dont il parle encore avec une grande émotion, suscite entre eux des coïncidences. Les coïncidences surprennent : Filliou avait proposé de célébrer l’anniversaire de l’art tous les 17 janvier. C’est précisément un 17 janvier (un hasard !) qu’on inaugure l’exposition Jean Dupuy au Mamac.

En 1974, il invite une quarantaine d’artistes à faire une performance collective (c’est la troisième à New York, qu’il organise) : Soup & Tarts at the Kitchen, où chacun va présenter une action de 2 minutes au cours d’un souper de 300 personnes. C’est dans les années 70 qu’il développe avec Olga Adorno, cette forme d’actions collectives présentées dans des espaces tels « Judson Church », « Artists Space », « P.S One » et dans son Grommet Studio, un lieu de Workshops permanents (jusqu’en 1979). (Voir catalogue « Collective consciousness », Arts Performances in the seventies, Publications NYC 1980).

1978 : il présente au musée du Louvre 39 artistes ,« One Minute Performances », le 16 octobre, qui finit, là aussi, par un scandale.
C’est une année particulièrement créative. Année de la naissance d’Augustin, fils d’Olga et de Dupuy, c’est aussi une année noire : Maciunas, Gordon Matta Clark et Cadéré, trois de ses plus proches qui disparaissent entre juin et juillet.
Dans les années 70, il fait des séries de vidéos de courte durée : « Chant a capella » avec Gigliotti, « Artists Propaganda » et « Artists Shorts »avec Defess, « La Pub » et « Artists Propaganda # 2 » dans les studios de Beaubourg.

En 1979, il revient aux créations d’objets et commence son aventure anagrammatique, qui l’oblige, pour disposer de plus de temps, de quitter New York pour s’installer en 1984, dans l’arrière pays niçois où il publie son livre « Ypudu, Anagrammiste » (Edité par C.XATREC en 1986). Il développe alors des modes d’écriture, successives grâce auxquelles il réussit à composer de grandes anagrammes de 1984 à 2007 (voir la liste d’une trentaine de publications).
Au cours de ses promenades quotidiennes dans la montagne, sur la plage de Nice, dans des voyages aux Caraïbes , il collectionne des galets, des cailloux, des polypes. Des ready-made qu’il présente, aujourd’hui, au Mamac.
Une anacyclique : Oh ! cet égo <-> O ! get echo, lui donne l’idée de fabriquer un anacycle. Il se présente depuis comme un anacycliste.
On peut voir dans cette exposition, écrits directement et pour une durée de 2 mois, sur les murs de la grande galerie du Mamac, rébus, phonèmes, anagrammes qui constituent un ensemble divisé en 19 parties. Magistrale démonstration d’une logique Dupuyesque basée sur l’absurde (AB ABSURDO) qu’il formule simplement par cette équation :
AB x 2
-------
DO

Livres et écrits de Jean Dupuy :

1981 CALAIS-PAS-DE-CALAIS, Galerie de l’Ancienne Poste
TROU-VERGE, Galerie J. C. Riedel, Paris
COLLECTIVE CONSCIOUNESS, Art Performance in the seventies, New York
LA SOTTE CARPE LAPE SA CROTTE, Cahiers Locques, Paris
1984 NOON, C. Xattrec Editeur, New York
1987 YPUDU ANAGRAMMISTE, C. Xattrec Editeur, New York
1988 « LEON » RAINER Verlag éditeur et DAAD, Berlin
1990 UN ANAGRAMMISTE ATTEINT DE PALILALIE, Donguy, Paris
1991 QUOI ? QUOI ?, Donguy Paris
1992 PHILOSOPHIE TIMBREE, Galerie Galea, Caen
1994 CATALOGUE RAISONNABLE DE QUELQUES ŒUVRES DE LEON BEGUE, Donguy, Paris
LE HASARD C’EST MOI, Donguy, Paris
111, Les cahiers de nuit, Caen
1995 SECONDE VUE, FRAC auvergne, Clermont-Ferrand
OH ! OH ! AH !, Galerie Le regard sans cran d’arrêt, Dunkerque
OH ! SEANT, Editions du Dodu, Ergal
OH ! AH Editions du Dodu, Ergal
1996 11 PHONOGRAMMES Editions Du Dodu, Ergal
THE SUTTERER (+ K7) Editions M. Dupuy, Honfleur
COUCOU CUKOO, Editions M. Dupuy
1997 SANS TITRE – TITRE SANS ŒUVRE, Milani Verona
L’ART EST CI, L’ART EST LA, Milani Verona
1998 ANAGRAMMAIRE # 1, A bruit secret, Ecole des Beaux-Arts, Dunkerque
1999 JA / NE, J.M.Place éditeur, Paris
DUPUY CHEZ CONZ, FRAC Bourgogne, Dijon
2000 SANS QUEUE NI TETE, Université, Lille
2002 ANAGRAMMAIRE # 2, FRAC Bourgogne, Dijon
CHEZ OLGA ADORNO A PUERTO RICO, Dijon
PIERRES, FRAC Dijon
2003 ANAGRAM’S BOOKSHOP, E Harvey Gallery New York
2006 LES TONS DE MON CRU, FRAC Bourgogne
2007 UN TON DE MON CRU, Editions Sémiose, édité en concomitance avec l’exposition Jean Dupuy à la Galerie contemporaine du musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice.
JANE YPUDU, carnet de sérigraphies. Edition Octus Pictus.