Enrica Borghi
11 mars - 04 septembre 2005


Galerie contemporaine

Enrica Borghi est née en 1966 à Premosello Chiovenda, Verbania, (province de Novara, Piémont).
Après des études au Lycée Artistique d’Etat de Novara, elle suit les cours de l’Académie des Beaux-Arts de Brera à Milan jusqu’en 1989, en section sculpture.
Depuis l’âge de vingt-six ans, Borghi enseigne les arts-plastiques au Lycée Artistique d’Etat F. Casorati de Novara.
Présentation de sa première exposition personnelle en 1992 sous le titre de Biologicamente au Centro Culturale La Riseria à Novara ; dans celle-ci, elle utilise le médium photographique et crée déjà des installations à partir de matériaux de récupération.
Elle vit et travaille à Novara et Ameno sur le lac d’Orta où elle fit récemment acquisition avec son compagnon d’un palazzetto du XVIIIème siècle amené à devenir un lieu culturel sous le nom d’Asilo Bianco.
A l’occasion des JO d’hiver de Turin en 2006, l’artiste piémontaise projette la création d’habits et de snowboards inspirée par des boîtes d’un célèbre fromage allemand outre-Rhin.

Principales expositions personnelles récentes :
2004
Bio-boutique, Le Parvis Centre d’Art Contemporain, Tarbes
Biò, Studio d’Arte Raffaelli, Trento
2003
Margherita, Museo Civico Casa Cavassa, Saluzzo, Cuneo
2002
Zapping in love, Palazzo Bricherasio, Turin
2001
Borghi in fashion, Fondazione Teseco, Pise
2000
Nebulosa, Galleria Alberto Peola, Turin
Enrica Borghi, Spazio Aperto, Galleria d’Arte Moderna, Bologne
1999
La Regina, Installazione per i bambini, Castello di Rivoli, Rivoli, Turin

A l’instar d’autres femmes artistes de sa génération nées dans les années soixante telles que Natacha Lesueur, Pipilotti Rist, Sylvie Fleury ou Vanessa Beecroft, Enrica Borghi propose une vision de la féminité acceptée et naturelle entre glamour et trash, fétichisme et autobiographie, obsession et ironie.

Sans provocation ni propos féministes, Enrica Borghi révèle un univers féminin fondé sur la double image de la ménagère et de la Vénus glamour, à la fois femme-moderne comme reine de la maison et femme-mode comme reine de la séduction qui se partagent vêtements et accessoires, recettes de cuisine, trucs de jardinage et horoscopes. Preuve en est cette Vénus (1995), moulage en plâtre à la mode néo-classique de la Vénus de Milo recouverte de faux ongles rouge carmin et de bigoudis. Parfois même les genres se mêlent comme l’atteste la série photographique Je te mangerai… (1997) pour laquelle Enrica Borghi présente un poulet rôti habillé d’une guêpière ou une pêche au sirop vêtue de dentelle ajourée. Comme le résume l’artiste « mon rôle devient alors celui d’une gamine taquine qui cache les sous-vêtements dans le réfrigérateur ou les bigoudis de sa maman dans une boîte à biscuits ; en somme je tends à dédramatiser et cela me plaît de narrer l’évolution (ou l’involution ?) de l’espèce féminine vers un état métamorphico-décadent dans lequel les objets interchangent de sens et de lieu ».

« Quand je fais les courses, je me retrouve avec des emballages énormes entre les mains ». De cette constatation à valeur écologique, Enrica Borghi va développer son concept. « L’idée, ajoute-t-elle, est de construire des objets utilisant des matériaux pauvres et de récupération : matériaux pauvres dans un choix anti-consumériste ; de récupération pour respecter un projet éco-défendable dans lequel faire revivre des objets abandonnés ou dépréciés, apprenant de cette manière à voir avec des yeux neufs de nouveaux objets encore non perçus (…). Je voudrais donner aux bouteilles en plastique l’élégance du verre de Murano (…). Les ordures peuvent constituer un rêve, nous n’avons pas un grand espace de rêve, si l’on ne cherche pas aussi dans les déchets, non seulement matériels mais également idéologiques. Même un déchet ou une immondice peut se transformer en une image poétique, édifiante. De la consommation à l’art, pour régénérer l’objet, avec le maximum de dignité ».
Ses matériaux privilégiés sont des déchets propres, recyclés, souvent biodégradables, qui proviennent principalement et directement d’usines : le plastique et le verre de rebut, du papier aluminium pour chocolats et caramels acheté au rouleau. D’ailleurs, en Italie, certains emballages ramènent à la consommation de masse par l’orangé des Kinder Ferrero, le vert des pâtes De Cecco pour ne citer que ceux-ci. Il y a chez Borghi un rejet du non-biodégradable lié à sa volonté de réutiliser et de recycler les déchets en vue d’une régénération symbolique. C’est un jeu entre consommation, gaspillage et recyclage proche en quelque sorte de la culture junk américaine et de la décontextualisation de l’objet chère aux Nouveaux Réalistes. Pour ce qui concerne le biodégradable, rappelons qu’Enrica Borghi produisit il y a peu des sous-vêtements en amidon de maïs, des chapeaux en plastique surmontés de pâtes, maïs, peaux de bananes et d’agrumes.

Pour ses œuvres monumentales, l’artiste se fait aider par ses amis, sa famille et de nombreux assistants, véritables « petites mains » au sens noble de la haute couture. « Chacun de mes travaux écrit-elle est le résultat d’un travail collectif. C’est une façon de partager le moment de faire qui pour moi est le plus important ». Elle ajoute néanmoins que « l’exécution du travail est fait pour moi de gestes lents et répétitifs, touchant une constante du temps qui n’appartient pas au contexte contemporain, caractérisé par la vitesse vertigineuse ».

Description de Belle Epoque (2005), installation pour le MAMAC :

« Le projet de l’exposition est né d’une réflexion sur la ville de Nice, la période de la Belle Epoque – le style Liberty et même auparavant sur les intérieurs du XIXème siècle avec les dames poudrées, voilées, gantées dans un vague parfum rétro. Les couleurs dominantes sont le blanc du papier vélin et la couleur azurée de la pellicule d’aluminium. La vitrine sera légèrement blanchie, comme un filtre qui nous sépare du temps, qui nous pousse peut-être dans le rêve… Apparaissent à l’entrée quelques fragments de cette « dame », un album de photographies qui ne retient qu’une seule couleur, puis, en poursuivant dans la salle, des vieux meubles, un lit imprécis et précaire, presque suspendu, extrêmement fragile, comme un rêve. (…) Une atmosphère entre le délire maniaque dans la construction des objets, une séduction affectée, redondante, avec un parfum d’eau de Cologne, des cadres, des cadres vides comme le contour de l’histoire d’une peinture inexistante ». Enrica Borghi (extraits).


Description d’Architecture de lumière (2004) dans les passerelles menant à l’Auditorium et à la Galerie d’Art Contemporain :

Etonnant « ouvrage de dames » que ce rideau chromatique et lumineux fait de 10000 bouteilles de plastiques colorés taillées et nouées par des anses de sachets de supermarchés ; récemment, dans la ville de Gallarate, une centaine d’étudiants du Lycée Artistique d’Etat P. Candiani de Busto ont assisté Borghi dans la réalisation de ce quasi vitrail dans le cadre de la Zone Artistiche Temporanee. Avec Danube bleu (2000), l’artiste avait déjà réalisé un mandala au sol fait de 13000 capsules de bouteilles assemblées. A Nice, cet imposant moucharabieh mural aux motifs d’un simili floral prend dans sa composition d’hexagones encastrés des allures de mandala. Il est loisible de noter que ce rideau de scène côtoie la fontaine de Niki de Saint Phalle et que Borghi en réalisa elle-même une à Turin en 1997, Fontaine Vénus.

La Regina delle spazzature. Installazione per i bambini :
(La Reine des Immondices. Installation pour les enfants)

Au 3ème étage du MAMAC, dans l’espace de transition, sous Drawing for S, (2005) de David Tremlett.

Créée en 1999 pour le Castello di Rivoli, cette œuvre fut conçue à partir de 5000 bouteilles en plastique récupérées et taillées, ainsi qu’une quantité significative de poignées de sachets de supermarchés pour les lier. Le gigantesque résultat de cette robe et de sa traîne mesure cinq mètres de diamètre, quatre de haut et huit de long. La texture finale semble séparée de la fonctionnalité de l’objet pour offrir une surface « picturale » faite de signes abstraits et dynamiques se transformant selon l’intensité et les couleurs de la lumière réfractée par les culs de bouteilles. Sculpture parfois praticable par les enfants, La Regina s’apparente à un igloo pourtant bien éloigné de ceux en verre brisé de Mario Merz.

Traductions de l’italien et de l’anglais : Pierre Padovani