Arman : Subida al cielo
30 juin - 01 octobre 2006




Arman, photo Jean Ferrero

Galerie contemporaine
Texte Liste des oeuvres exposées


En forme d’hommage…

Quelques mois après la disparition d’Arman, nous tenons à lui offrir un nouvel hommage en exposant l’ensemble de ses œuvres appartenant à la collection du Mamac. Le parvis Arman est désormais inscrit dans l’architecture du musée, surplombant la place Yves Klein et jouxtant l’esplanade Niki de Saint Phalle. Ces trois artistes, qui se sont un temps rejoints au sein du Nouveau Réalisme, représentent, désormais, les génies tutélaires de l’établissement.
On sait la place qu’occupe Yves Klein, l’ami de jeunesse d’Arman, dans le programme scientifique du musée. Une salle lui est consacrée depuis l’ouverture du musée, unique en Europe et sans doute au monde, dans sa version pérenne, par le nombre et la qualité des œuvres présentées. On a beaucoup parlé de la donation Niki de Saint Phalle au Mamac en 2001. Là aussi, une salle permanente porte témoignage du parcours esthétique de l’artiste franco-américaine et de son compagnon Jean Tinguely.

Il est temps à présent de rappeler la place primordiale que tient Arman dans l’histoire du musée et dans la structure fondamentale de ses collections. A l’orée de l’été 1990 était envisagée une exposition monographique et déjà rétrospective, de ses œuvres ; le travail était sérieusement engagé, les œuvres choisies, lorsque certains événements ont conduit à modifier le programme. La décision d’Arman de refuser l’exposition inaugurale pour marquer sa désapprobation conjoncturelle ne devait pas persister au-delà du raisonnable et nous soulignons avec plaisir son assiduité à fréquenter les salles du musée, discrètement, en toute amitié.
Lors de la première phase d’acquisitions d’œuvres pour le futur Mamac, la Ville de Nice avait acquis Clair-obscur 1982, puis The Birds 1981. Arman avait conjointement offert au musée une de ses œuvres majeures, Allure aux bretelles 1959, une œuvre sur papier de grande dimension ; elle signe définitivement le moment précis de son passage formel de l’abstraction picturale classique à l’écriture sur le support au moyen de l’objet trempé dans l’encre de Chine, dont la trace tangible formule un nouveau mode d’expression.

La vocation généraliste de l’établissement a sans doute induit le choix d’un mode particulier d’acquisition des œuvres de la collection. Chacun des artistes était représenté par une œuvre unique, rarement davantage. Il s’agissait de constituer un abécédaire des artistes représentatifs des avant-gardes des années 60. Autour de l’an 2000, on enregistre un changement de stratégie dans la politique d’acquisition : l’attention se concentre désormais sur les artistes majeurs du fonds permanent et on densifie leur représentation par la constitution d’ensembles cohérents significatifs de leur démarche.
Le Mamac se positionne comme un des phares essentiels en Europe pour l’analyse du Nouveau Réalisme et des mouvements artistiques adjacents.

Une Accumulation Renault 1968 est acquise après avoir été longtemps présentée dans le hall d’accueil d’un hôpital niçois, concrétisant un travail effectué par Arman chez Renault à partir des pièces détachées, neuves, destinées à la fabrication des véhicules. En 2000, la collection Ronchèse qui s’est constituée à Nice lors des prémisses du Nouveau Réalisme, cède au musée Vénus aux ongles rouges 1967, une accumulation de mains de mannequins manucurées d’ongles écarlates dans une inclusion de résine transparente en forme de nu féminin, une œuvre inquiétante à mi-chemin entre le fantastique, la citation et le surréalisme.
Progressivement, la rétrospective Arman prévue pour l’ouverture du musée est à nouveau envisagée et lorsqu’elle prend sa place en juin 2001, on a le sentiment qu’un cycle est accompli, qu’une boucle est bouclée. Cette monographie synthétique de l’ensemble du travail d’Arman est conçue comme la narration de certaines des attitudes artistiques les plus significatives de l’artiste. Son titre, « Passage à l’acte » , est le premier indice de cette volonté. Quelques semaines avant l’inauguration, à la fin de mai 2001, est reproduite dans une carrière près de Vence, la fameuse explosion de la MG de Charles Wilp, White Orchid, événement daté de mai 1963. Cette fois, c’est une Triumph Spitfire qui est dynamitée devant les caméras de FR3 ; La Tulipe, ou tout au moins ses restes carbonisés, est accrochée dans la galerie contemporaine du musée, en écho à la Dauphine de César. Dans cette même galerie, on installe une salle de séjour petit-bourgeois des années 70 à grand renfort de fauteuils, de canapé, de table basse, de meubles de salle à manger et de chromos sur les murs. La veille du vernissage, et devant les média, Arman au volant d’un Bulldozer démolit méticuleusement le décor agencé, dans un vacarme assourdissant et avec une jubilation manifeste. Il réitère ainsi ce qu’il avait déjà commis en 1975 à New York dans la galerie John Gibson, cette performance publique célèbre dénommée « Conscious Vandalism », où il avait saccagé un décor d’appartement bourgeois reconstitué, une « colère » à l’échelle d’un titan.
A l’entrée de l’exposition, le spectateur était accueilli par une immense vitrine emplie à ras bord d’objets accumulés, mémoire du « plein » hétéroclite et scandaleux, exposé dans la devanture de la galerie Iris Clert à Paris le 25 octobre 1960.
L’installation des Porte manteaux, rappelle la première accumulation monumentale de « perroquets » de l’hôtel Ruhl à Nice en 1959. Cette œuvre détruite après sa production, a été reconstituée exceptionnellement pour l’exposition du Mamac à partir de porte manteaux de marque Thonet commandés spécialement par Arman.
L’événement de cette rétrospective longtemps attendue par le public se double d’un autre phénomène : le fonds Arman s’accroît considérablement par achat et par donations. La Ville de Nice achète Sans titre 1962 (coupe de violoncelle), Village de Grand-mère 1962, Sans titre 1983 (coupe de tubas, saxophones et trombones). Arman donne la Poubelle de Warhol 1969, tandis que la galerie Nahon fait don de Anamorphose 1962. Tout récemment, en 2005 nous a été donnée l’opportunité de compléter le fonds Arman par l’acquisition d’une dizaine de gouaches et d’empreintes de cachets, de ces œuvres délicates, confidentielles au regard de leurs dimensions, des œuvres de cabinet de réflexion peut-on dire, qui sont datées de l’orée de sa carrière. C’est la toute première fois que le public est convié à les admirer.

Il fallait un point d’orgue à cette histoire nouée depuis si longtemps entre Nice et Arman. Il a été trouvé un an après la rétrospective, lors de l’inauguration de l’exposition « Intra-muros » le 25 juin 2004. Plusieurs propositions pour une façade du musée avaient été étudiées autour d’une intervention d’Arman ; l’idée de rappeler l’installation du Plein de 1960 avait été effleurée ; les circonstances de la mise au rebut des « chaises bleues de la Promenade des Anglais» ont fait germer l’idée que ce pouvait être un matériel idéal pour réaliser une accumulation monumentale au-dessus de la galerie contemporaine. La tonalité homogène et le matériau de rebut de l’installation la rapproche des œuvres du début des années 60 et sa mise en espace rappelle le Plein. Arman, à la fin de l’exposition « Intra-muros » a décidé d’en faire donation à la Ville de Nice ce qui l’inscrit définitivement et de façon originale dans l’architecture du musée. Camin dei Inglese 2004 est la première œuvre qu’appréhende le visiteur lorsqu’il aborde le patio intérieur ; c’est donc désormais le préambule d’un parcours dans la collection permanente et nous sommes heureux que ce périple s’initie avec une œuvre d’Arman.

Gilbert Perlein, mai 2006

Texte Liste des oeuvres exposées