Yves Klein - Les peintures de feu

Yves Klein a créé sa première peinture de feu en 1957 dans le jardin de la galerie Colette Allendy, au soir du vernissage de l’exposition « Propositions monochromes » le 14 mai 1957. Seize feux de Bengale sont fixés sur un monochrome bleu et l’artiste y met le feu réalisant le Feux de Bengale - tableau de feu bleu d’une minute, Monochrome M 41.

«fL’action de brûler donnait la sensation après que le tableau se soit consumé de s’agrandir dans le souvenir, dans la mémoire visuelle ». Il poursuivra son exploration du feu comme élément plastique quelques années plus tard lors de l’exposition au Musée Haus Lange de Krefeld.

Circonstances de réalisation de l’œuvre : l’exposition au Museum Haus Lang de Krefeld, janvier-février 1961.
La programmation du Musée est représentative de la scène artistique de l’époque. Selon les conditions de la donation envisagée en novembre 1954, le docteur Lange mettait sa villa à la disposition du Kaiser Wilhelm Museum de Krefeld, alors dirigé par Paul Wember, à la condition qu’elle soit utilisée pour des expositions d’art contemporain. Cette maison bourgeoise construite par Mies van der Rohe est largement ouverte sur le jardin et conçue comme une maison habitation classique. La première année, le musée présente Laurens, Macke, Mathieu, Burri, Ensor, Calder et l’œuvre graphique de Mirò et de Gonzalez. Pendant cette phase d‘activité, Paul Wember, à l’occasion de divers voyages à Paris, fait la connaissance de Tinguely, de Spoerri, de Soto, d’Arman, mais c’est en Allemagne qu’il rencontre Yves Klein. Celui-ci travaillait à la réalisation de la décoration du foyer de l’Opéra de Gelsenkirchen dans la Ruhr et disposait d’un atelier à Dusseldorf. Alfred Schmela est l’instrument de leur rencontre dans sa galerie qui, en 1957, avait été inaugurée par une exposition de monochromes d’Yves Klein. Dans un courrier du 8 février 1960, Wember invite Yves Klein à présenter une exposition à Krefeld. Le projet, prévu initialement pour novembre-décembre 1960, sera concrétisé par l’exposition « Monochrome und Feuer » du 14 janvier au 26 février 1961. Il prend rapidement des proportions qui surprennent Paul Wember lui-même. En effet, Yves Klein, plus que l’exposition de quelques-unes de ses œuvres, a conçu une véritable rétrospective. Le projet comprend une synthèse de son travail, ainsi que ses tout derniers développements et des propositions imaginées tout spécialement pour l’occasion. Yves Klein analyse aussi les spécificités et les difficultés inhérentes à l’architecture qui est celle d’une maison d’habitation bourgeoise. Les plans élaborés par l’artiste précisent la mise en espace des œuvres en tenant des particularismes du bâti.

L’étendue des jardins de la Villa permettait l’installation d’œuvres à l’extérieur. Klein avait pris contact avec la société Küpperbusch und Söhne de Gelsenkirchen qui réalise avec la Propan-Butan GMBI de Krefeld et le service des travaux publics municipaux la Sculpture et le Mur de Feu. A l’origine, étaient prévus trois grandes fontaines de feu de 3m de haut et de 80cm de drapeau et un mur de feu de 4m de long sur 1m de haut reposant sur des tiges fixées à 75 cm du sol, et comportant 140 becs par m². En fait, au bout de tractations difficiles âprement débattues, Klein obtient une structure de 50 doubles becs Bunsen à basse combustion et une seule fontaine de feu. Le 26 février, date de la clôture de l’exposition, dans la nuit, en compagnie du docteur Paul Wember, il enregistre sur papier les traces des brûleurs du Mur et de la flamme de la fontaine ou Sculpture de feu. La

Peinture feu F 55 1961 de la collection du Mamac, de même que F 42, F 43, et F 45 font partie de ces empreintes statiques du Mur de Feu. Yves Klein présente le papier verticalement contre la flamme, de façon à enregistrer, par la calcination plus ou moins prolongée du support, le moment précis où le feu dévore la matière. L’artiste parvient ainsi à matérialiser, dans sa fugacité, « l’état-moment » du feu.

Lorsqu’il y met le feu à la nuit tombée au soir du vernissage, le 14 janvier 1961, l’effet en est considérable : Pierre Restany raconte : « l’allumage de la flamme pendant le vernissage avait le caractère émouvant d’un événement mystique… Nous avions tous l’impression d’assister à la célébration d’un rite inconnu… ». Plus tard, Yves Klein lors d’un de ses séjours aux Etats-Unis, a exprimé le souhait d’installer une fontaine de feu dans la Death Valley, un lieu de fin de monde où se perçoivent comme nulle part ailleurs les limites humaines. L’idée ne fut pas concrétisée.

Sur un projet mis au point en collaboration avec la succession Yves Klein, a été installée une édition du Mur de feu, en deux éléments de métal et 10 rangées de becs Bunsen fonctionnant au gaz de ville sur la terrasse Sud du Mamac depuis juin 1990. C’est le seul exemple au monde d’une reproduction de cette œuvre.
Cependant, au retour de Krefeld à Paris, Yves Klein poursuit sa recherche sur l’utilisation du feu comme élément plastique. Il prend des accords avec la Direction du Centre d’Essais du Gaz de France dans la Plaine Saint Denis pour mettre en place des séances de travail et de recherche sur ses fameuses empreintes de feu. En février 1961, muni d’instruments adéquats pour produire une flamme d’un calibre important, il crée ses premières grandes séries de peintures de feu, en utilisant des cartons compressés dont la résistance à la combustion lui paraît prometteuse. Il recommencera les 18 et 19 juillet en adjoignant aux traces de la flamme celles des corps féminins de jeunes femmes préalablement mouillés et ruisselants. Les empreintes obtenues sont doublement dynamiques : dynamisme du feu actionné et maîtrisé par la main de l’artiste et mouvance de la trace du corps mouillé qui retarde de façon infime mais tangible la combustion du support. Quelques unes des plus belles œuvres semblent allier la mort et le sexe dans une atmosphère rougoyante ou bleutée comme surchargée des vapeurs de l’enfer. Peinture feu sans titre (F 80) et Peinture feu couleur sans titre (FC 1). Ces peintures qui allient le feu et les anthropométries sont sans doute ce que Yves Klein a créé de plus sophistiqué et de plus poétique.

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